Père Chollet le 4 juin 2017

3 et 4 juin 2017. Pentecôte, St Pierre 18 h. 30 et 11 h.

 

            Cinquante jours se sont écoulés depuis la nuit où nous étions rassemblés autour du cierge pascal, signe de la résurrection du Christ vainqueur des ténèbres du péché et de la mort. Cinquante jours où conformément aux termes de la liturgie, nous nous sommes efforcés de « rayonner de la joie pascale » pour amener nos frères à la louange et à l’action de grâces. Certes, cela n’a pas été toujours facile ni évident car bien des événements tragiques et sanglants se sont produits durant cette période qui ne devrait que rayonner la joie de la résurrection : qu’il suffise de rappeler les horribles attentats commis par Daech à Manchester contre des jeunes et en Égypte où les islamistes ont voulu forcer les chrétiens qui partaient en pèlerinage à l’Ascension à renier leur foi ; devant leur refus, ils les ont froidement assassinés. L’ère des persécutions anti-chrétiennes n’est pas terminée. Et l’on pourrait encore mentionner l’attentat de Kaboul, celui de la nuit dernière à Londres, et bien d’autres...

            Cinquante jours où, il y a deux mille ans, les Apôtres ont petit-à-petit pris conscience de la présence renouvelée de Jésus parmi eux : « Pendant quarante jours, il s’était fait voir d’eux et les avait entretenus du Règne de Dieu », nous dit Luc dans le prologue des Actes des Apôtres, tandis que les dix jours suivants étaient consacrés à la prière unanime entre frères et avec la mère de Jésus. Ils attendaient la promesse en approfondissant leur communion fraternelle...

            Et voici que se produit un événement extraordinaire, « un bruit comme un violent coup de vent. » A coup sûr, aucune météo n’avait prévu ce genre de tempête : il ne s’agit pas d’un ouragan susceptible de tout détruire sur son passage : Luc prend bien soin de nous dire qu’il emploie une comparaison, et de même à propos des langues de feu. L’événement dépasse toute concrétisation auditive et visuelle, même si l’art des auteurs d’icônes s’est attaché à rendre sensible le phénomène à nos yeux.

            Pour bien saisir la signification de ce souffle et de ce feu, il nous faut revenir au premier testament, plus précisément à l’épisode du don de la Loi sur le Mont Sinaï, dans le livre de l’Exode. Le souffle de vent et les langues de feu correspondent parfaitement aux bruits et au feu qui faisaient comprendre à Moïse qu’il était bien en présence de Dieu. Et d’ailleurs, depuis quelques siècles, le judaïsme avait pris l’habitude de faire de la Pentecôte (En hébreu la fête des Semaines, Shavouôt) le mémorial du don de la Loi, ce qu’elle est encore aujourd’hui pour les croyants juifs.

            Cependant, le récit va au-delà : loin de célébrer un événement du passé, ces manifestations extraordinaires inaugurent une ère nouvelle, celle du renouvellement du monde et de l’humanité par l’annonce de l’Évangile dans une langue que chacun peut comprendre. En vérité la « promesse », pour reprendre le terme même de Jésus invitant ses disciples à l’attente confiante de ce don, fait éclater tous les cadres convenus. Cette promesse prend la forme des dons du Saint Esprit, comme nous l’a rappelé la séquence Veni Sancte Spiritus que nous avons chantée il y a un instant. La malédiction de Babel est abolie, il est possible de mettre fin aux incompréhensions, les hommes, s’il le veulent bien (Hélas, je l’ai rappelé plus haut, bien des facteurs de haine dominent encore certains cœurs) peuvent à nouveau se reconnaître comme frères, se comprendre et surtout comprendre ce que leur annoncent les disciples : Christ est ressuscité ! La Galilée des nations, par les apôtres qui en sont pour la plupart originaires, répond enfin à sa vocation : tous les hommes sont aimés de Dieu et appelés à chanter les merveilles qu’il accomplit pour le salut de tous. Luc prend un réel plaisir à énumérer les noms exotiques des différentes nations venues en pèlerinage à Jérusalem, parfois de fort loin et qui faisaient de Jérusalem vraiment le centre du monde, l’humanité retrouve son unité grâce à l’Esprit Saint. On retrouvera ultérieurement plusieurs de ces nations au gré des différents voyages missionnaires que détaillent les Actes des Apôtres, et nous verrons comment progresse l’Évangile même si parfois nous restons un peu sur notre faim lorsque St Luc nous semble trop bref !

            Cette extraordinaire vitalité dans l’Esprit de la primitive Église peut nous interroger : l’ »annonce » c’est-à-dire le dialogue avec tous, fait partie des cinq essentiels ou dynamiques que la paroisse veut mettre en œuvre et qui sont rappelés en tête de chaque feuille hebdomadaire. Quels moyens prenons-nous ? Quelle est la qualité de notre prière à l’Esprit Saint ? Dans la lettre aux Corinthiens, Saint Paul le rappelle sans détour : »Personne n’est capable de dire : »Jésus est Seigneur », sinon dans l’Esprit Saint. » Nous laissons-nous convertir par cet Esprit reçu à notre baptême et notre confirmation, cet Esprit que Jésus répand largement sur les Apôtres pour la rémission des péchés ?

            Même si le mot n’est pas prononcé dans les textes lus et médités aujourd’hui, nous comprenons bien que les différentes réalités évoquées aujourd’hui désignent en fait la communauté de l’Église, celle dont nous sommes partie prenante. St Paul, reprenant une image courante à l’époque et par conséquent parlante aux oreilles de ses auditeurs, parle de la communauté comme d’un corps, c’est-à-dire une réalité vivante où tout se tient, où tout concoure au bien commun. Bien évidemment l’essentiel est que nous soyons artisans de paix, selon le souhait de Jésus ressuscité lorsqu’il se rend présent au groupe de ses disciples, une paix qui n’est pas seulement l’absence de conflit ou une douteuse compromission. Mais nous sommes invités aussi à ne pas nous contenter d’un minimum d’initiatives ou d’actions. St Paul souligne que les « dons de la grâce, les services et les activités sont variés » Ne soyons pas de ceux qui réduiraient les activités de notre communauté à quelques formes traditionnelles et peu adaptées. Soyons créatifs, en laissant toute leur place aux dons spirituels pour répondre aux immenses besoins vitaux de nos contemporains dans les différentes situations qui sont les leurs. Soyons prêts à y faire face avec intelligence et amour. L’action de l’Église n’est pas d’abord une affaire de structures, mais de présence attentive, accueillante et accompagnante. La prière d’ouverture de la messe d’aujourd’hui est très explicite à ce sujet : »Continue dans le cœur des croyants l’œuvre d’amour que tu as entreprise. » C’est une œuvre d’amour à laquelle nous sommes conviés, à l’initiative de Dieu et de son Esprit et commencée par Jésus dans sa prédication de la bonne Nouvelle.

            Dimanche prochain, lors de la grande fête du cinquantenaire de notre diocèse de Nanterre, trois cents adultes, dont neuf de notre ensemble pastoral Saint Pierre Saint Jacques, recevront le sacrement de la confirmation. J’espère que chacun comprendra que la grâce de ce sacrement s’adresse aussi à lui et renouvellera chacun dans ses engagements comme membre du peuple de Dieu appelé non seulement à chanter les merveilles de Dieu mais encore à les faire advenir en notre monde. L’Esprit est toujours à l’œuvre, n’entravons pas son action. Puisse-t-il nous déconcerter et nous entrainer sur la route de l’évangélisation.                                   AMEN !

 

                                                                                                          Pierre Chollet