Père Chollet le 4 décembre 2016

4 décembre 2016. St Pierre messe de 11 h. Homélie.

 

            Les textes bibliques d’aujourd’hui nous font comprendre que nous sommes en marche, que nous n’avons pas encore atteint notre but, ou plutôt celui que Dieu nous fixe, qui est la réalisation de notre vocation de créature. Cette vocation, c’est de s’émerveiller devant la grandeur de Dieu et prendre les moyens de vivre les uns avec les autres dans la fidélité à sa volonté.

            Tout cela ne peut pas se faire d’un seul coup, il nous faut apprendre à procéder par étapes. Le temps de l’Avent est justement devant nous pour cette progression qui va nous mener jusqu’au temps de l’incarnation, à Noël ; et c’est Jean-Baptiste qui nous est proposé comme guide provisoire.

            Certes, nous ne sommes plus disciples du Baptiste, mais grâce à lui nous pouvons reprendre conscience du temps nécessaire pour entrer dans une véritable démarche de conversion. Jean-Baptiste a préparé le chemin : sommes-nous prêts à emprunter ce chemin, sans nous croire déjà arrivés au terme ? Sommes-nous prêts à nous identifier à ces chercheurs de Dieu qui venaient trouver Jean sur les rives du Jourdain et se laissaient plonger par lui dans l’eau purificatrice du fleuve ? Se plonger dans le Jourdain, que le peuple hébreu avait franchi pour entre dans la terre de la promesse, c’est inaugurer une nouvelle phase de l’alliance avec lui proposée par Dieu.

            En effet, nous avons tendance à nous reposer sur nos lauriers, comme les pharisiens et les publicains qui se rengorgeaient en disant »Nous avons Abraham pour père ! » et croyaient que cela suffisait à assurer le salut. Si nous, chrétiens nous disons : « Nous sommes baptisés, nous payons régulièrement notre denier de l’Église, ou que sais-je encore » et que nous pesons que cela suffit pour nous assurer la vie éternelle, nous nous trompons gravement !

            Grâce à Jean-Baptiste, nous redécouvrons que le Seigneur est exigeant, et le Baptiste expose cette exigence en termes forts, pleins d’une violence à peine contenue :’ »Engeance de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » En même temps, l’homme au manteau en poil de chameau et à la ceinture de cuir, le vêtement que portait le prophète Élie, grand champion de la sainteté du Seigneur, n’annonce pas un avenir fait uniquement de colère divine. Il se présente surtout comme le précurseur de celui qui, comme il le dit, «  est plus fort que lui. » Allant plus loin que la simple plongée dans le Jourdain, le baptême qu’il proposera sera celui du grand renouvellement et de la grande purification dans l’Esprit Saint et dans le feu.

            Jean-Baptiste maniait la hache et coupait tout arbre qui ne produit pas de bons fruits ; Jésus reprendra cette image ultérieurement dans l’évangile, mais ici il est avant tout présenté comme le bon cultivateur, utilisant sa pelle à vanner pour séparer le bon grain de la paille. Là encore, nous sommes invités à nous interroger sur nos choix de vie : voulons-nous porter du fruit qui demeure, ou bien nous satisfaisons-nous d’œuvres sans consistance qui ne résisteront pas au feu ?

            Pour porter du fruit, il faut accepter que repose sur nous l’esprit du Seigneur annoncé par le prophète Isaïe. Certes, dans la pensée du prophète, cet esprit est destiné avant tout à reposer sur le rejeton de David, c’est-à-dire le roi d’Israël. Mais nous savons que cet Esprit est descendu sur l’ultime descendant de David, c’est-à-dire Jésus, et qu’il a été donné en abondance par Jésus lui-même à chacun de ses disciples, y compris à nous aujourd’hui.

            Acceptons-nous de nous laisser conduire par « l’esprit de sagesse et de discernement, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de connaissance et de crainte du Seigneur ? » Cet Esprit nous fait tomber à genoux d’admiration devant la puissance de l’amour de Dieu ! Si vraiment l’humanité acceptait de se laisser conduire ainsi, le loup habiterait avec l’agneau, le léopard se coucherait près du chevreau...Il n’en est malheureusement pas encore ainsi, et la réalité quotidienne, cruelle pour certains d’entre nous et surtout pour beaucoup de nos contemporains dément pour le moment cette perspective, mais nous ne pouvons pas considérer cet horizon messianique seulement comme un beau rêve, une utopie : il nous revient de trouver et mettre en œuvre les moyens pour l’incarner : le Seigneur, en nous invitant à la conversion par la voix du Baptiste, remet tout cela entre nos mains.

            Écoutons Saint Paul : ce sont la persévérance et le réconfort des Écritures qui vont nous permettre de traduire en actes les dons de l’Esprit Saint. Être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus, nous accueillir les uns les autres comme le Christ a accueilli les pécheurs qui croisaient sa route, pas simplement pour être courtois et polis, mais pour travailler à la gloire de Dieu, c’est vraiment réaliser notre condition de créatures à laquelle je faisais allusion au début de cette homélie.

            L’accueil mutuel est le signe par excellence de notre appartenance au Christ ; cet accueil Paul le voit d’abord entre les faibles et les forts par rapport à la mise en œuvre de la loi juive (c’est le cœur de la lettre aux Romains ), mais il n’est pas interdit de le transposer dans toutes les dimensions sociologiques, politiques et œcuméniques de notre existence.

Le Christ nous a montré l’exemple. En ce temps de l’Avent, temps de préparation à l’accueil du Prince de la paix, il nous importe, en Église, de construire une maison commune où faibles et forts participent ensemble au même mouvement du Christ qui s’est fait serviteur des Juifs pour que toutes les nations puissent rendre gloire à Dieu. AMEN !

                                                                                                          Pierre Chollet