Père Chollet le 29 octobre 2016

29 octobre 2016. Homélie de la messe de 18h30.

 

Jésus arrive à Jéricho. Rappelons-nous qu’il ya déjà longtemps qu’il a quitté la Galilée pour se rendre résolument à Jérusalem ; sur sa route, il a rencontré quelque difficultés avec les Samaritains, aussi a-t-il fini par prendre la route du Jourdain qui lui permettra de gagner la ville sainte en passant par cette ville qui possède une forte valeur symbolique : ce fut la porte d’entrée dans la Terre Sainte pour les Hébreux venant d’Égypte, c’est dans ses environs que la Pâque a été pour la première fois célébrée sur la terre d’Israël. Jéricho, c’est la ville des commencements, c’est là que l’Alliance se noue... D’ailleurs, avant la rencontre avec Zachée, en entrant dans Jéricho, Jésus a commencé par rendre la vue à un aveugle qui l’a salué du titre de « Fils de David. »

Tous ces aspects sont à l’ arrière-plan de notre texte qui s’enchaîne aussi très logiquement avec la parabole du pharisien et du publicain entendue et méditée dimanche dernier.

Le personnage central est en effet un publicain, caractérisé en deux phrases : »Il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. » Plus loin, le texte n’omettra pas de traduire la pensée des assistants : « il est allé loger chez un homme qui est un pécheur . »

Une fois de plus, Jésus semble donc s’être mis dans une situation délicate au regard de la loi...

Mais tout va se jouer dans un échange de regards : Zachée qui veut voir Jésus, est obligé, en raison de sa petite taille, de monter dans un sycomore pour apercevoir le visiteur ; le texte ne nous dit pas quel était la nature exacte de son désir : simple curiosité ou pressentiment que cet homme est porteur d’une force de renouveau même pour lui qui, aux yeux de ses contemporains, semble définitivement perdu ?

En tout cas, « Jésus, arrivé à cet endroit, leva les yeux » Ce publicain honni, ce pécheur public que personne ne voulait voir est l’objet d’un regard bienveillant de la part de Jésus, accompagné d’un invitation inouïe : »Il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Quelle expression incroyable « Il faut » : c’est le verbe employé par les évangélistes lorsqu’ils écrivent « Il fallait que s’accomplissent les Écritures. » Aller habiter chez Zachée fait partie du plan de salut accompli maintenant par Jésus, mais voulu par Dieu de toute éternité.

A partir de ce moment, et en dépit des récriminations des spectateurs de la scène qui ne voient toujours qu’en Zachée un pécheur, celui-ci est bouleversé , plein de joie, il manifeste sa conversion par des actes concrets, directement liés à sa profession : il s’engage à rembourser au quadruple les sommes extorquées indument, et met la moitié de sa fortune au service des pauvres !

C’est alors pour Jésus l’occasion de définir le sens de sa mission ; Zachée est réintégré dans le peuple des Fils d’Abraham, Jésus est celui qui apporte et accomplit le salut. Il n’y a rien ni personne qui doive être considéré comme définitivement perdu ! Je pense que chacun d’entre nous, aujourd’hui encore doit trouver le moyen d’accueillir chez lui le Sauveur, que ce soit au plus profond de notre cœur, en le laissant agir en nous, ou en manifestant nos capacités d’accueil des plus pauvres et des plus petits. Posons-nous la question : avons-nous, oui ou non ce désir d’accueillir Jésus, de lui faire la place et de le laisser nous convertir

Ainsi, nous rejoignons le message d’espérance et même d’optimisme que nous trouvons dans la première lecture, tirée du livre de la Sagesse.

Ce livre, datant vraisemblablement d’une cinquantaine d’années avant la venue du Christ, contient une vision très positive de la création et de l’histoire du monde.

L’auteur est persuadé de l’infinie bonté de Dieu et de sa capacité à donner la vie ! Dieu sait fermer les yeux sur les péchés, Dieu sait se pencher sur celui qui fléchit et tombe, Dieu est conscient de la propension de l’homme au mal mais ne s’y résigne pas. Dieu aime les vivants et les anime tous de son souffle.

Quel beau portrait de Dieu ! Il n’aura plus qu’à être incarné par Jésus pour prendre toute sa dimension et concerner chacun d’entre nous...

C’est vraiment pour nous l’occasion d’une grande action de grâces, que nous pouvons exprimer avec le psaume : »Je t’exalterai, mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais, chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais. »

Mais cette louange nous engage : il faut, comme dit St Paul, que « Dieu nous trouve dignes de l’appel qu’il nous a adressé. » Heureusement, ce ne sont pas seulement nos propres forces, mais sa puissance à lui qui nous permettra d’accomplir le bien que nous désirons.     AMEN !

 

                                                                                                     Pierre Chollet