Père Chollet le 28 mai 2017

Samedi 27, St Jacques 18h. ; Dimanche 28, St Jacques 11 h.

 

            Le septième dimanche de Pâques est une étape de transition entre la célébration de l’Ascension du Seigneur et la solennité de la Pentecôte, le grand événement annoncé et promis par Jésus à son départ : »Vous allez recevoir une force quand l’Esprit Saint viendra sur vous. » Mais cette transition n’est pas un temps mort, nous sommes invités à la vivre dans un climat de prière renouvelé, à l’exemple des Apôtres rassemblés autour de Marie, la mère de Jésus, dans la chambre haute que l’on identifie avec le Cénacle, le lieu du dernier repas de Jésus. Ce texte fait suite au récit de l’Ascension qui nous était proposé jeudi dernier. Remarquons que c’est ici la dernière mention dans la Bible de la mère de Jésus, si l’on excepte une allusion de St Paul et celle de l’Apocalypse, mais que ce n’est pas la moins importante : cette présence maternelle est certainement précieuse pour les Apôtres, et au-delà pour nous.

            On remarquera aussi que St Luc profite de la circonstance pour donner à nouveau la liste des Apôtres, réduite bien entendu à onze noms, afin de préparer le choix très proche de Mathias, à l’initiative de Pierre, qui viendra redonner sa plénitude au nombre des témoins de la résurrection, comme le dit le chef des Apôtres, et surtout on sera attentif à l’insistance de l’auteur des Actes sur l’unanimité régnant dans le groupe : »Tous, d’un seul cœur, étaient assidus à la prière. » C’est une des caractéristique de la primitive Église et l’on retrouvera souvent ce motif de la véritable unanimité des cœurs, qui n’est pas forcément une uniformité, qui n’exclut pas forcément la diversité des points de vue, voire les conflits, à condition de savoir les régler paisiblement, dans la suite du texte, déjà au moment même de la Pentecôte, et également au chapitre 4 des Actes, par exemple, lorsque Pierre et Jean retrouvent leurs compagnons après avoir été libérés par le Sanhédrin : la communauté rassemblée nous fournit un exemple de prière de louange dont nous pourrions nous inspirer. Et il y aurait bien d’autres exemples à citer ! Celà nous interroge évidemment sur la qualité de nos propres rassemblements : sommes-nous attentifs à cet esprit d’accueil et de respect mutuel, et acteurs d’une véritable empathie, d’une véritable attention mutuelle lors de nos célébrations et plus largement dans toute notre vie ? Il y va de notre fidélité à l’esprit du Christ ! Et certains déplorent parfois que l’esprit de fraternité soit insuffisamment partagé et vécu dans nos rassemblements. La vie fraternelle a certainement besoin d’être développée dans nos paroisses, l’équipe d’animation pastorale en a fait plusieurs fois la remarque, alors qu’il s’agit de l’un des cinq « essentiels » ou l’une des cinq « dynamiques » qui doivent être l’âme de la paroisse, comme vous avez pu le constater en observant la première page de notre feuille paroissiale hebdomadaire, où la vie fraternelle figure en bonne place à côté de cet autre essentiel qu’est la prière. Ne manquez pas de vous imprégner du dessin figurant chaque semaine en haut et à gauche.

            En ce qui concerne la fraternité en dehors de nos célébrations, pensons par exemple aussi à l’action des veilleurs qui sont attentifs à déceler des solitudes parfois mortelles dans nos immeubles souvent impersonnels et cloisonnés. Le vrai chrétien est celui qui sait avoir de l’imagination, tout en discrétion et en délicatesse, pour faire de la vie quotidienne un service de la fraternité. Ce témoignage chrétien n’est d’ailleurs pas un programme comme pourrait l’être celui d’un parti politique. Il se reçoit dans un esprit filial, celui même de Jésus, et il se vit dans une prière persévérante et constructive montrant que la mission n’est pas d’abord une entreprise humaine qui reposerait sur nos propres forces, mais elle se reçoit de Dieu dans l’Esprit. Et c’est ici aussi que la diversité des charismes et des capacités de chacun joue à plein. A nous de savoir les discerner, les respecter et les mettre en œuvre.

            Aussi est-il particulièrement bienvenu que l’Église nous donne aujourd’hui à lire et à méditer le début de la grande prière sacerdotale de Jésus, qui fait partie des récits autour de la Cène proposés par l’évangile selon St Jean.

            Dans le texte lu aujourd’hui, trois points sont développés par Jésus : son rôle personnel comme révélateur de l’amour du Père ; l’accueil de cette révélation par la foi des disciples ; le lieu où devra s’exercer leur mission à la suite de Jésus, le monde comme l’appelle Jean.

            Nous le savons, Jésus est un grand priant ; les évangélistes Luc et Jean insistent particulièrement sur ce aspect de sa personne et de sa vie. Dans le texte dont nous lisons le début aujourd’hui, mais dont il faudrait lire l’intégralité, nous est proposée la supplication que Jésus, glorifié et présent dans son Église ne cesse d’adresser à son Père pour ses disciples, dans l’esprit d’amour. Comment ne pas lire en filigrane, derrière cette appellation pleine de tendresse et d’amour, la prière par excellence qui nous a été transmise et qui nous invite à employer nous-mêmes à notre tour cette appellation confiante : »Notre Père... » Le Père, c’est celui dont Jésus partage éternellement la vie qu’il reçoit de lui : Il est « engendré, non pas créé », comme le proclame le Credo. Mais Jésus ne garde pas jalousement cette vie pour lui : il la communique à tous ceux qui acceptent de devenir ses disciples. La révélation de l’amour du Père pour le monde et pour l’humanité est l’œuvre et le fruit de l’existence humaine de Jésus. C’est le don de la vie éternelle, qui est connaissance de Dieu et de Jésus.

            Les disciples –et nous mêmes aujourd’hui- sont ainsi pris dans un grand mouvement de don et de reconnaissance : ce que Jésus a reçu, il le redonne aux hommes pour que ceux-ci reconnaissent que Jésus vient du Père. Et c’est la prière de Jésus qui va permettre de recevoir ces dons et de les mettre en pratique dans ce que Jésus appelle le monde. Nous le savons, ce terme, chez St Jean, recouvre plusieurs significations. IL désigna à la fois le milieu où nous vivons, auquel nous ne pouvons pas échapper, mais aussi tous les dangers qui guettent les disciples et auxquels nous devons prendre garde. Mais nous avons des armes pour nous prémunir contre les dangers de ce monde. Jésus l’affirme : »Je leur ai donné les paroles que tu m’avais données . » Et encore : »Moi je prie pour eux. »

            Avons-nous vraiment conscience de tous ces dons spirituels, grâce auxquels nous sommes sûrs de ne pas rester orphelins et de ne pas être abandonnés à tout vent ?                                                          AMEN !

 

                                                                                                          Pierre Chollet