Père Chollet le 27 novembre 2016

27 novembre 2016. St Jacques, messe de 11 h (baptême de Sixtine) Homélie

 

Une nouvelle année liturgique commence, et ce premier dimanche de l’Avent nous propose trois invitations de la part du Seigneur.

D’abord, celle de nous mettre en marche et de monter, lancée par le prophète Isaïe (ou Ésaïe) et relayée par le psaume 121 (ou 122) ; ensuite selle de nous réveiller de notre sommeil, à l’appel de St Paul ; enfin, celle de nous tenir prêts, que nous lance Jésus dans l’évangile.

Voyons quel est le sens de ces invitations et comment y répondre.

 

1) « Venez ! Montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob... » Cet appel ne se situe pas n’importe quand, il fait clairement référence au climat spirituel de ce temps liturgique qui est celui de l’attente du Seigneur, le temps de sa première venue et l’attente de son retour, « dans les derniers jours », pour reprendre l’expression du prophète. Cette attente est constitutive de l’attitude du croyant : nous savons que le temps n’est pas immobile, ni un éternel recommencement, mais qu’il nous est proposé de l’investir pour avancer dans notre relation avec Dieu et l’approfondir.

D’autres textes par ailleurs, nous invitent à vivre pleinement le moment présent (A chaque jour suffit sa peine, dit Jésus dans l’évangile), mais ce n’est pas contradictoire. Notre existence s’inscrit dans une histoire où il nous est demandé de discerner la variété des appels de Dieu. L’essentiel est de ne pas faire du surplace, mais il s’agit de nous hâter vers la montagne de la maison du Seigneur.

Isaïe accorde une très grande importance à cette « Maison », c’est-à-dire au Temple de Jérusalem. C’est là qu’il vivra son expérience initiatique, la rencontre bouleversante avec le Dieu trois fois saint, expérience qui le marquera pour la vie. L’invitation à nous mettre en marche vers ce lieu est aussi la promesse que chacun d’entre nous peut expérimenter la réalité de la sainteté de Dieu. Et si nous ne le faisons plus au Temple de Jérusalem, nous pouvons le faire ici dans ce sanctuaire où nous sommes rassemblés pour accueillir la présence du Christ dans la célébration des sacrements du baptême et de l’Eucharistie.

Sixtine et ses parents nous donnent aujourd’hui la grâce de retrouver le sens du baptême, ce sacrement primordial qui nous fait passer de la mort à la vie ; le baptême est bien une invitation à aller de l’avant, fortifiés par la grâce aimante du Seigneur. Et pourquoi chacun de nous, pour répondre concrètement à l’invitation du prophète, ne prendrait-il pas la résolution d’aller en pèlerinage à la maison du Seigneur où il a reçu le sacrement afin d’y raviver ses racines chrétiennes et de renouveler sa profession de foi ? En marchant ainsi à la lumière du Seigneur, ce sera pour nous l’occasion de porter un peu de cette lumière au monde qui en tant besoin.

2) Les chemins évoqués par Isaïe, les voici concrétisés d’une autre manière par St Paul. dans la partie de l’Épître aux Romains dite « exhortative », qui commence au chapitre 12. L’apôtre y donne un ensemble de conseils pour la vie quotidienne afin que celle-ci prenne toute sa dimension chrétienne, en écrivant : »Je vous exhorte, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu, ce sera votre culte spirituel. » Dans la pensée de St Paul, notre vie dans toutes ses dimensions, est appelée à devenir culte rendu à Dieu, non au sens du simple accomplissement de rites plus ou moins figés, mais en vertu de l’accueil de la force et de la grâce des sacrements, comme je disais déjà plus haut. Le rituel du baptême s’inspire de cela quand il souligne, à propos du nouveau baptisé, et c’est donc vrai aujourd’hui pour Sixtine, que celui- ci est devenu « prêtre, prophète et roi. »

C’est toute notre vie qui doit devenir sacrifice vivant, offrande, marche vers Dieu. St Paul souligne la réalité de cette transformation en utilisant une image forte, celle du passage de la nuit au jour. Nous sommes invités à sortir du sommeil, symbole de la vie sans Dieu, pour passer au jour, symbole de la vie renouvelée par le don du Christ. Et comme vous l’avez certainement remarqué, St Paul attribue tout cela à la miséricorde de Dieu. Quelle belle opportunité de poursuivre l’année de la miséricorde en étant toujours plus attentifs à tous les dons de Dieu à partager ! De plus, l’apôtre nous demande de ne pas nous engager sans bagage sur cette route, mais de prendre les armes de lumière et de « nous revêtir du Seigneur Jésus-Christ. » C’est lui qui, par la force de son amour nous permet de tenir bon sur la route. Là encore, le rituel du baptême exprime cette réalité spirituelle lors de la remise du vêtement blanc, en nous faisant reprendre les termes parallèles de l’Épître aux Éphésiens « Vous tous qui aves été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ ! »

3) La troisième invitation de ce jour se présente en fait sous une double forme, en conclusion des deux petites paraboles que propose Jésus pour nous rendre attentifs : »Veillez donc... » et « Tenez-vous donc prêts. »

L’époque de Noé, c’est le symbole de notre inconscience : la vie de l’homme se déroule comme si de rien n’était ; l’économie, la politique fabriquent la société de consommation, on mange, on boit, on se marie ... les choses semblent destinées à durer indéfiniment. Et puis il y a l’irruption de l’inattendu, d’une catastrophe ou d’une autre. Les derniers mois nous ont appris que ce n’était pas une vue de l’esprit ! La venue du Fils de l’homme, comme Jésus se nomme lui-même, ne sera évidemment pas une catastrophe, mais elle peut venir à tout moment : celui qui sera prêt sera emmené par le Christ, celui qui ne se sera pas disposé à la rencontre sera laissé. Et même si paradoxalement la venue de Jésus est imprévisible, il y a urgence à se préparer Aussi tient-il à nous prévenir pour que nous prenions nos dispositions et que nous sachions nous abandonner à sa volonté. Où trouver les ressources nécessaires à cette attente sinon dans la méditation de la Parole de Dieu et dans sa mise en pratique humble et résolue ? Avançons en toute confiance !

 

                                                                                                          Pierre Chollet