Père Chollet le 25 mai 2017

Jeudi 25 mai 2017. Ascension du Seigneur. St Pierre, messe de 9 h., St Jacques, messe de 11 h.

 

            Beaucoup de montagnes, qui sont parfois de simples hauteurs, ont jalonné la vie publique de Jésus : le Mont de la Tentation, celui des Béatitudes, la montagne de la Transfiguration et celle de la confession de Pierre à Césarée de Philippe, sans oublier la colline du Calvaire...La montagne, dans la Bible, nous le savons depuis le Sinaï, est le point emblématique de la rencontre avec Dieu.

            Aujourd’hui, le dernier rendez-vous de Jésus avec ses disciples, aux dires de l’évangile selon St Matthieu, se situe sur une montagne restée anonyme, située en Galilée, ce carrefour des nations, lieu initial de la proclamation du royaume des cieux selon St Matthieu, pour accomplir le dessein de Dieu annoncé par Isaïe. Et à l’appel des premiers disciples va correspondre l’envoi en mission des Onze. En effet, tout ce qui a été reçu de Jésus par ses disciples, tout ce qui a été échangé entre eux, est destiné à être partagé avec tous les hommes de toutes les nations.

            Quant à l’Ascension de Jésus, bien que les versets retenus pour la 1ère lecture ne le mentionnent pas, nous savons, par le verset suivant, qu’elle s’est déroulée sur le Mont des Oliviers où elle est encore commémorée aujourd’hui à Jérusalem. Puisqu’elle est celle du départ et de l’absence, cette hauteur nous dit également quelque chose sur la manière dont Jésus est Dieu : impossible de mettre la main sur lui, il se dérobe et pourtant ne nous abandonne pas.

            Au contraire, il nous envoie : »Vous serez alors mes témoins...jusqu’aux extrémités de la terre. », rapporte la 1ère lecture. L’évangile précise le contenu de cet envoi : »Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. » Si véritablement, nous voulons être disciples-missionnaires, ce double envoi de Jésus ne peut pas ne pas résonner en notre cœur.

            Nous savons que les Apôtres et les premières générations chrétiennes ont pris très au sérieux cet appel de Jésus en acceptant de sortir de leurs certitudes ancrées dans la foi juive, et en se laissant interpeller par les païens. Nombre de pages des Actes des Apôtres nous en livrent le témoignage parfois douloureux, les lectures des messes de semaine, ces derniers temps, nous l’ont rappelé. Encore aujourd’hui, le pape François nous invite à sortir du confort de nos canapés non pas forcément un crucifix à la main pour faire du prosélytisme, mais tout simplement pour ne pas déserter les lieux où se joue la vie des hommes d’aujourd’hui. Comment rejoindre les plus éloignés, c’est la question que l’EAP de St Pierre et St Jacques s’efforce d’affiner pour permettre à chacun de trouver sa place dans la mission.

            Et pour cela, répétons-le, nous ne sommes pas seuls ; comme je l’ai dit plus haut, en partant, Jésus ne nous abandonne pas : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » et les Actes des Apôtres de renchérir : « Vous allez recevoir une force quand le Saint Esprit viendra sur vous. » Autant dire que nous ne serons pas livrés uniquement à nos propres forces et que ce ne seront pas nos propres idées qu’il faudra annoncer et mettre en œuvre. Au contraire, pour être un témoin efficace et fidèle, il faut d’abord entrer dans une profonde intimité avec Jésus, donc se nourrir de sa parole et des différents moyens de grâce qu’il nous a laissés en partage. Cela implique de notre part un véritable décentrement de nous-mêmes et l’approfondissement continuel de notre foi, tout en étant profondément participants des « Joies et des espoirs, des tristesses et des angoisses des hommes de ce temps », pour reprendre le titre de la célèbre constitution pastorale du concile Vatican II « Gaudium et Spes. » Il n’y a pas de foi « hors-sol », si je puis dire, elle se vit toujours profondément enracinée dans la réalité quotidienne. Et c’est bien pourquoi les messagers divins invitent les Apôtres à détacher leurs regards du ciel pour les retourner vers la terre où le Christ reviendra quand il le voudra !

            Le chemin sera peut-être rude : les Apôtres eux-mêmes, après la résurrection n’avaient pas encore tout compris : »Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Et l’évangile n’hésite pas à faire allusion aux doutes que certains ont pu éprouver devant le témoignage des femmes de retour du tombeau vide. Nous aussi, nous pouvons parfois poser au Seigneur des questions incongrues ou éprouver quelques doutes : que cela ne nous arrête pas mais au contraire soit l’occasion d’une prière confiante à l’Esprit Saint !

            Il serait bon que ce soit aussi une occasion de contempler l’intégralité du mystère du Christ, tel que nous le présente l’Épitre aux Éphésiens. Les quelques versets qui nous sont proposés aujourd’hui sont une prière de demande qui a pour thème le progrès dans la foi de chacun de nous, un appel à ce que nos yeux s’ouvrent de plus en plus à sa lumière. A l’époque des Éphésiens, beaucoup de païens pensaient que le cours du monde était régi par des puissances mystérieuses et occultes. Et peut-être un certain nombre de ces spéculations encombrent-elles encore aujourd’hui l’esprit de nos contemporains ... L’auteur de la lettre veut nous rappeler que seul le Christ règne sur l’univers, car Dieu « a tout mis sous ses pieds », selon l’expression du psaume 109 qui joue un grand rôle dans l’argumentation des premiers chrétiens a propos de la résurrection ; mais sans doute existe-t-il encore des faux dieux plus insidieux dont nous devons prendre conscience pour les démasquer et nous en démarquer : le pouvoir de l’argent, le désir de jouissance sous toutes ses formes, l’incapacité à vivre en vérité dans l’amour.

Heureusement, Dieu a fait du Christ la Tête, c’est-à-dire le Chef, l’organe d’où part l’influx vital, le centre de décision pour l’Église qui est son corps. C’est en sa passion que le Christ a triomphé de toutes les puissances hostiles, aussi peut-il combler de ses dons tous les hommes qu’il réunit en son corps, dans la famille des enfants de Dieu.

Rendons-lui grâce puisqu’il ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur ! Que cette fête du triomphe du Christ, l’Ascension nous permette de garder les pieds sur la terre tout en tournant les yeux vers le ciel !

 

                                               AMEN !                   Pierre Chollet