Père Chollet le 25 juin 2017

24 et 25 juin 2017. St Pierre 18 h. 30 et 11 h.

 

            Craindre ou ne pas craindre, céder à l’accablement ou faire confiance envers et contre tout, telle est la question que nous pose la liturgie de ce jour. Mais qu’est-ce qui peut susciter notre appréhension ? Qu’avons-nous à redouter ? Qui avons-nous à redouter ?

            Dans la première lecture, je prophète Jérémie, qui vivait, rappelons-le, à la fin du 7ème siècle avant Jésus-Christ et qui a connu la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor mentionne les persécutions dont il a été la victime. Ce sont aussi bien les calomnies de la foule que les insinuations des prétendus amis ou les questions insidieuses, semblables à celles que l’on posera plus tard à Jésus pour trouver en lui des motifs de condamnation. Jérémie aurait bien voulu prononcer des paroles douces et consolatrices, mais le Seigneur ne le lui a pas permis. Il a été contraint d’annoncer des lendemains qui devaient déchanter, proclamer violence et oppression,. Aussi a-t-il été affublé du sobriquet de « Terreur de tous côtés. »

            Mais au sein même de ses épreuves, Jérémie ne perd pas confiance. Dans ces véritables « Confessions », au sens augustinien du terme, dont nous lisons et méditons un passage aujourd’hui, Jérémie laisse éclater sa confiance en Dieu. Le Seigneur a été fidèle à la promesse donnée à son prophète une première fois lors de sa vocation, rapportée au premier chapitre du livre et renouvelée ultérieurement : « N’aie peur de personne, je suis avec toi pour te libérer...Je te donne autorité sur les nations et sur les royaumes. » Quelle vie, en effet, pourrait être exempte d’épreuves ? Interrogeons-nous : quelles sont les épreuves que nous avons traversées ? Comment y avons-nous fait face ? Avons-nous simplement serré les poings ou bien comme Jérémie, après avoir « accusé le coup », sommes-nous entrés dans une attitude d’abandon confiant et dans l’action de grâce ? »Seigneur de l’univers, c’est à toi que j’ai remis ma cause. »

            Comme dans les psaumes d’action de grâce, Jérémie nous invite à chanter avec lui le Dieu libérateur : »Chantez le Seigneur ! Louez le Seigneur ! » Et, de son expérience personnelle Jérémie tire un loi générale qui vaut pour nous aussi : »Dieu délivre le pauvre. » Le pauvre au sens biblique du terme, c’es celui qui se soumet à la volonté divine et n’attend son salut que de Dieu. Jérémie, tu es notre frère, toi qui as toujours misé totalement sur Dieu, dans une relation personnelle et confiante. Tu nous rappelles que lorsque dans ce monde nous nous heurtons à l’échec alors que nous nous efforçons de promouvoir le bien, il y a une seule réalité sur laquelle nous pouvons toujours nous appuyer : la présence de Dieu qui est. Comme l’exprimera ultérieurement l’Imitation de Jésus-Christ, « Dieu seul remplissant tout, est la consolation de l’âme et la vraie joie du cœur. »

            L’évangile est un passage du chapitre 10 de St Matthieu consacré à l’envoi en mission des Douze : »Ces Douze, Jésus les envoya en mission ...Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. » D’emblée, le cadre est posé, la mission ne sera pas de tout repos ! Cela nous concerne directement, si nous avons vraiment le désir d’être « disciples-missionnaires », comme nous l’avons rappelé tout au long de cette année pastorale. Les versets 16 à 25 détaillent, avec force de précisions, les différentes persécutions qui attendent les missionnaires, que ce soit du fait des autorités de la vie quotidienne, civile ou religieuse, ou dans le cadre des relatons familiales . Nous retrouvons là exactement le type d’expériences qui ont jalonné la carrière prophétique de Jérémie et nous font comprendre que Jésus situe sa propre mission dans le sillage de celle des prophètes de l’ancien temps. En conséquence, si nous sommes disciples, notre vie ne peut que se modeler sur celle du Maître : »Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. »

            Se repose donc la question initiale : »Craindre ou ne pas craindre ? » et, de fait devant ce que nous croyons être la difficulté de la mission confiée, nous sommes pris d’angoisse ou au moins des questions surgissent : est-il possible, Seigneur, que tu comptes sur moi ? Quelle importance prend dans notre vie le qu’en dira-t-on ou le jugement des autres ? Quelle est notre approche du jugement de Dieu ? Cependant, les versets précédant notre texte l’ont répété : c’est à cause de Jésus, à cause de son nom que nous devons agir. Il nous est donc demandé de ne pas craindre les persécutions qui viennent des hommes en raison de l’assurance que nous pouvons trouver en Dieu ; le disciple ne peut pas se laisser envahir par la crainte, bien qu’il doive s’attendre, comme Jérémie et les prophètes de jadis, à rencontrer la contradiction ou l’incompréhension, voire la persécution, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté, comme je l’ai déjà signalé plus haut. En effet, nous savons que nous somme l’objet de la sollicitude du Sauveur : »Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude d’oiseaux. » Et que notre chevelure soit abondante ou plutôt rare, les cheveux de notre tête sont tous comptés dans l’amour bienveillant du Père. Nous retrouvons là l’esprit et, si je puis dire, la spiritualité du Sermon sur la montagne qui nous incitait à prendre modèle sur Dieu et faire confiance à la Providence. C’est une conversion perpétuelle nécessaire ...

            Mais si nous cédons à la peur, et c’est parfois la peur de nous-mêmes ou au contraire l’excès de confiance en nos propres forces, alors le Seigneur ne pourra plus rien pour nous. Cet avertissement, adressé aux communautés chrétiennes de la fin du 1er siècle de notre ère qui en prenaient à leur guise avec les enseignements du Maître, nous concerne nous aussi : ne prenons pas dans l’évangile uniquement ce qui nous concerne ou qui nous arrange ; acceptons d’être interrogés, bousculés par notre annonce de la Bonne Nouvelle qui est tout sauf un filet d’eau tiède !

            C’est que, nous le savons, nous vivons dans un monde marqué par le péché et par la mort. D’Adam à Moïse, écrit St Paul, le péché a régné dans le monde, sans que l’humanité prenne conscience de cet état de choses ; avec la loi donnée par Dieu à MoÎse, le péché est devenu identifiable et la mort en est la conséquence la plus directement identifiable. Paul raisonne dans la ligne de l’Ancien Testament qui met une connexion étroite entre le péché de l’homme et toute forme de mal dans le monde. L’homme a détérioré l’oeuvre divine mais le texte biblique veut sauvegarder à la fois la bonté du Créateur et la liberté de l’homme.

Cependant, St Paul ne se contente pas d’une relecture du passé : c’est la figure du Christ qu’il veut avant tout mettre en valeur. Le Christ l’emporte infiniment sur Adam, et si le péché de l’homme a pu détériorer toute la création, combien plus la grâce de Dieu doit-elle renouveler le monde ! Jésus est l’unique Sauveur, le Sauveur universel. On croit entendre la belle affirmation des Actes des Apôtres : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes par lequel nous devons être sauvés », ou celle de l’épître au Philippiens : «Toute langue doit proclamer que Jésus-Christ est le Seigneur. » 

            Si vraiment nous nous prosternons devant ce Sauveur, présent au milieu de nous, alors toute peur d’évanouira et nous pourrons remplir la mission qu’il nous confie et dans laquelle il nous accompagne. AMEN

                                                                                                          Pierre Chollet