Père Chollet le 23 septembre 2018

Et par conséquent ne pas tomber dans les St Pierre samedi 22 septembre, 18 h. 30 et dimanche 23 septembre 10 h. 30.

 

 

            Depuis dimanche dernier, il s’en est passé des événements dans le récit évangélique ! Jésus a quitté la région de Césarée de Philippe, c’est-à-dire le mont Hermon, au nord du pays, puis il a été transfiguré « sur une haute montagne », sans doute le mont Tabor, en Galilée, et enfin il arrive à Capharnaüm, sur le lac de Tibériade. Il a guéri un enfant possédé et surtout il continue à instruire ses disciples sur le destin qui va être le sien, provoquant l’incompréhension des disciples, à l’instar de la réaction négative de Pierre, en dépit de sa magnifique profession de foi.

            Jésus tient à rester discret, (cela fait toujours partie du « secret messianique », qui est un procédé littéraire et catéchétique de l’évangile selon St Marc) car il sait très bien que les annonces de la Passion, qui sont pourtant indispensables, restent pour le moment incompréhensibles aux oreilles des disciples. Là où ils en sont, il ne peuvent pas envisager la mort du Messie et n’osent même pas demander des précisions à leur maître. Aussi l’entretien avec les disciples qui va suivre se situera-t-il sur un autre plan de la vie chrétienne.

            Dans la maison de Capharnaüm, sans doute celle de Pierre, transformée en un sanctuaire qui témoigne d’une vénération locale très précoce, Jésus interroge ses disciples, en posant une question qui semble anodine –«  De quoi discutiez-vous en chemin ? »- mais qui en réalité révèle la distance qui existe entre les préoccupations du Maître, déjà tout absorbé par son destin futur qui doit s’accomplir à Jérusalem, et celles des disciples soucieux de   ce que l’on pourrait appeler leur promotion interne : »Qui est le plus grand ? » Pour répondre, Jésus ne se répand pas en reproches, mais il propose une parole et un geste qui s’appellent et se complètent. La primauté, dans le compagnonnage de Jésus, c’est de savoir prendre la dernière place, c’est-à-dire se mettre au service de tous. Ce paradoxe, qui n’est pas sans rappeler l’esprit des Béatitudes, sera repris un peu plus loin par Marc : »Beaucoup de premiers seront derniers et les derniers seront premiers. » Et, après la troisième annonce de la Passion et de la Résurrection, au chapitre 10, Jésus sera encore plus clair : »Le fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

            Dans un second temps, Jésus illustre sa réponse par un geste : il prend un enfant dans les bras et l’entoure d’affection. Il veut ainsi montrer aux disciples ce que signifie servir et d’abord accueillir : en effet, dans la société de l’époque, aussi bien chez les Juifs que chez les Grecs ou les Romains, l’enfant n’était pas particulièrement choyé et semblait ne présenter que peu d’intérêt pour les adultes. Au contraire, Jésus veut montrer qu’être serviteur de tous (avec en grec le terme de diaconos, qui donnera notre « diacre ») c’est accueillir avec amour ceux que la société néglige : il y a là un renversement des valeurs communément admises à l’époque, et cela nous incite à nous poser quelques questions sur notre manière de nous situer aujourd’hui : sommes-nous seulement des « suiveurs » ou sommes-nous capables, sans vouloir donner de leçons à personne, d’incarner cet esprit évangélique ?

            La fin du texte n’est pas sans évoquer de manière brève, mais forte, le chapitre 25 de St Matthieu, la scène grandiose, typique de cet évangile, dite du « jugement dernier. » En effet, en accueillant le « petit », celui qui semble négligeable, c’est Jésus lui-même, le maître, que, sans le savoir, mais réellement, l’on accueille ; mieux encore, en l’accueillant, nous accueillons Celui qui l’a envoyé : la relation avec Dieu est complètement rétablie, le ciel et la terre communiquent à nouveau. C’est une nouvelle création qui peut naître !

            Tout cela, d’une certaine manière, est présenté et expliqué dans la lettre de St Jacques avec son style inimitable qui joue sur le contraste de deux sagesses antagonistes. Il y a dans le cœur de l’homme, y compris dans celui du chrétien, une lutte entre « la jalousie et les rivalités qui mènent au désordre » et la »sagesse qui vient d’en haut...,féconde en bons fruits. » La jalousie et les rivalités qui entraînent toutes sortes d’actions malfaisantes évoquent ici l’homme replié sur lui-même, soumis à l’influence des esprits mauvais, et soucieux seulement de son propre intérêt. Avec l’expression « au contraire » l’opposition avec la sagesse qui vient d’en haut est fortement soulignée et illustrée par les nombreuses conséquences pratiques de cette sagesse. Dans plusieurs lettres de St Paul, on trouverait des listes analogues qui précisent et illustrent les fruits de l’Esprit à accueillir et à mettre en œuvre. St Jacques insiste particulièrement sur le don de la paix, retrouvant là encore le message des Béatitudes : elle permet la justice, la fidélité à la volonté de Dieu, c’est-à-dire à ce que l’homme peut souhaiter de meilleur pour ne pas tomber dans les catastrophes évoquées par St Jacques : guerres, conflits, convoitises, plaisirs... Cette description nous invite à réfléchir sur le contenu de notre prière : que demandons-nous à Dieu, de nous aider à faire sa volonté, comme nous y invite le Notre Père, ou bien restons-nous bloqués sur nos désirs malsains et égoïstes ? Nous avons toujours à purifier notre prière en prenant Jésus comme modèle. Faisons grandir notre confiance en Dieu, sans pour autant fuir nos responsabilités d ‘êtres humains, mais en ayant profondément conscience de l’incapacité où nous sommes de mener à bien par nous-mêmes le sens de notre existence. Ce sont bien deux sagesses qui sont mises en opposition par St Jacques, la sagesse du monde et la sagesse de Dieu. Ici l’auteur se situe dans le climat spirituel de la 1ère aux Corinthiens tel que St Paul le décrit au début de l’épître et qui va lui servir de « fil rouge » pour proposer des solutions aux problèmes pastoraux qui lui sont soumis.

Ce climat spirituel est totalement différent de celui présenté par le livre de la Sagesse. Rappelons que ce livre, présent uniquement dans la Bible grecque, est daté de quelques années seulement avant l’ère chrétienne. C’est un écrit, vraisemblablement rédigé dans les milieux juifs d’Alexandrie en Egypte, destiné à réconforter le peuple de Dieu déconcerté par un paganisme qui semble triomphant. Pour ce faire, l’auteur veut opposer le sort des justes, fidèles au Seigneur quelles que soient les circonstances, à celui de leurs persécuteurs. La page lue aujourd’hui est consacrée aux sarcasmes des impies se moquant de la prétention du juste d’être fils de Dieu et traduit le climat de violence et d’hostilité que pouvaient ressentir les Juifs dans certaines grandes villes de l’Empire romain. Mais nous entendrons aussi cela au pied de la Croix, quand les passants se moqueront de Jésus : »Il a compté sur Dieu, qu’il le délivre maintenant...,car il a dit je suis Fils de Dieu. »

Sommes-nous capables de « compter sur Dieu » plutôt que sur nos seules forces ? Serons-nous capables de prendre à notre compte les paroles du psaume : »Voici que Dieu vient à mon aide, le Seigneur est mon appui entre tous, de grand cœur je t’offrirai le sacrifice, je rendrai grâce à ton nom, car il est bon ! » N’hésitons à faire de ces versets notre prière de cette semaine.       AMEN !                                                                   Pierre Chollet