Père Chollet le 23 avril 2017

22-23 avril 2017 2ème dimanche de Pâques. St Pierre 18 h. 30, St Jacques 11 h.

 

            Le chapitre 20 de l’évangile selon St Jean se propose de nous introduire progressivement dans la compréhension de cet événement hors du commun que représente la résurrection de Jésus.

Tout d’abord, il y a la découverte du tombeau vide par Marie-Madeleine, Pierre et l’autre disciple, qui conduit à la foi en la résurrection, puis une première rencontre, auprès du tombeau, celle de Marie-Madeleine avec l’homme qu’elle prend d’abord pour le jardinier mais dont la voix va lui permettre de saisir la véritable identité et de comprendre que tout en restant le même, il est devenu totalement autre. Tout en y demeurant encore, il n’ appartient plus à notre monde. « Ne me retiens pas «  dit-il.

Cette séquence intime insiste une fois de plus discrètement, mais réellement, sur l’importance des liens entre les personnes pour se connaître en vérité.

            En troisième lieu, et c’est le texte d’aujourd’hui, se déroulent deux épisodes au caractère plus officiel, pourrait-on dire, dans un lieu qui n’est pas précisé, sinon que les disciples s’y étaient enfermés, mais que l’on identifie souvent avec le Cénacle, le lieu du dernier repas.

            On remarquera tout d’abord les notations de temps. C’est le soir, et c’est le premier jour de la semaine, le lendemain du sabbat, tout au long duquel Jésus a reposé dans le tombeau. Ce premier jour deviendra vite chez les Chrétiens le jour du Seigneur, le dimanche, jour du rassemblement autour du Christ et de son eucharistie. Et pour les Chrétiens, encore aujourd’hui, ce « premier jour de la semaine », comme nous le rappellerons dans la prière eucharistique, demeure une journée privilégiée qui donne sa coloration et son orientation aux jours qui vont suivre.

            Ensuite, la salutation du Christ ressuscité à ses disciples et amis mérite d’être soulignée. La paix dont il est question ici n’est pas simplement la tranquillité ou l’absence de conflit, ce qui ne serait déjà pas si mal, mais il s’agit en fait d’une plénitude de vie qui s’accorde bien avec la miséricorde divine que nous fêtons aussi en ce jour. Cette plénitude a la résurrection pour source, et pour les Apôtres elle prend la forme de la réception de l’Esprit Saint pour le pardon des péchés. C’est dans l’Esprit Saint que l’Église, envoyée par le Christ est appelée à exercer un véritable discernement et par conséquent, encore une fois, à être témoin et actrice de la miséricorde que Dieu veut répandre en abondance sur l’humanité : le péché peut être vaincu, il n’aura pas le dernier mot . C’est pour nous un grand message d’espérance et de confiance, et avec Saint Pierre, nous pouvons bénir ce Dieu miséricordieux, c’est-à-dire nous émerveiller devant lui et lui dire toute notre reconnaissance, d’autant que par la résurrection de Jésus, nous sommes promis à l’héritage dans les cieux, autrement dit la vie éternelle : notre vie ici-bas, menée dans la foi avec toutes ses épreuves, est destinée à s’épanouir et à trouver sa dimension définitive auprès de Dieu lui-même.

            Il nous faut maintenant en venir à Thomas, appelé Didyme, c’est-à-dire Jumeau ou « Doublure ». De qui est-il le Double ? Vraisemblablement de Jésus lui-même, au sens où il s’efforçait d’imiter Jésus en tout, et c’est pourquoi il a besoin de le voir en face, il ne se contente pas du témoignage de ses frères apôtres. Aussi Jésus va-t-il prendre l’initiative de faire évoluer son regard d’une simple constatation matérielle à une vision dans la foi. Celui qui a été crucifié et qui présente ses blessures est bien le compagnon et le maître que Thomas connaissait auparavant, mais qui peut et doit être reconnu et acclamé maintenant comme le Seigneur et le Dieu.

            Et l’évangéliste, pour bien montrer que la période des rencontres avec le Christ ressuscité, ce que nous appelons ses apparitions, ne durera qu’un temps, propose la béatitude que nous connaissons bien : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Il nous faut apprendre maintenant à discerner les signes dans la foi, c’est notre condition de croyants aujourd’hui. Et l’annonce de la résurrection repose désormais sur notre engagement et notre témoignage. L’hymne de l’office du matin de Pâques nous fait chanter : »Si l’on nous dit : Maintenant montrez-nous un signe éclatant hors de vous-mêmes ! Le signe est là qu’à son retour nous devons faire ce qu’il aime pour témoigner qu’il est amour. »

            C’est bien ce que mettait en œuvre la première communauté chrétienne de Jérusalem après la Pentecôte : »Les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. » Ces quatre dynamiques (pour reprendre un mot auquel vous êtes habitués maintenant, car il est décliné en cinq volets en tête de chaque feuille hebdomadaire) sont encore aujourd’hui constitutives de la vie des croyants, soit dans la dimension individuelle de la vie de chacun, soit dans la dimension communautaire où nous nous reconnaissons comme frères et disciples-missionnaires.

            L’enseignement des Apôtres englobe toutes les activités de formation,

La communion fraternelle concerne toutes les activités de service, la fraction du pain désigne la vie liturgique, spécialement la célébration de l’eucharistie, les prières couvrent le domaine de la louange, de l’adoration ou de l’intercession. Où en sommes-nous de notre intégration dans chacune de ces dynamiques ? Elles ne sont pas réservées aux paroissiens « actifs », comme s’il pouvait y avoir des paroissiens « inactifs ». Chacun, devenu par le baptême « prêtre, prophète et roi » est invité à mettre en œuvre les dons du Saint Esprit selon sa vocation et ses capacités propres. Que chacun et chacune s’interroge ! C’est aussi le sens de l’insistance du Pape François qui nous invite à passer d’une pastorale de conservation et d’immobilisme à une pastorale d’ouverture et de mouvement. Les Actes des Apôtres nous disent que »Chaque jour, le Seigneur adjoignait [à la communauté naissante] ceux qui allaient être sauvés. » Plutôt que de geindre ou de baisser les bras devant l’érosion continue du nombre des pratiquants, ne serait-il pas bon et réconfortant que chacun prenne des initiatives et fasse des propositions en concertation avec tous, bien sûr ! Comme le disait St Jean XXIII avant l’ouverture du Concile Vatican II, il y a près de soixante ans, n’ayons pas peur d’ouvrir les fenêtres de l’Église pour que l’air frais de l’Esprit chasse l’odeur de renfermé.

            C’est ainsi que selon la lettre de Pierre, « nous allons obtenir le salut des âmes qui est l’aboutissement de notre foi. » Exultons de joie devant le Seigneur qui nous fait tellement confiance !

 

                                                                                              Pierre Chollet