Père Chollet le 20 novembre 2016

20 novembre 2016. Solennité du Christ, roi de l’univers. Messe de 11 h.

 

            Le dernier dimanche de l’année liturgique, la solennité du Christ, roi de l’univers est chaque année comme le couronnement ou l’apothéose de tout ce que nous avons vécu et reçu de la part du Seigneur. Cette année, la fête prend un relief encore plus marqué, puisque ce dimanche met un point final au Jubilé de la Miséricorde. Non que celle-ci ne soit plus d’actualité, au contraire ! Nous devons maintenant en déployer toutes les grâces, car nous ne pouvons pas mettre la miséricorde de Dieu de côté ou la remiser dans un placard ! Nous le chanterons d’ailleurs Misericordia eius in aeternum, Sa miséricorde demeure pour l’éternité !

            Précisément, en fêtant la royauté du Christ sur l’univers, nous sommes invités à prendre conscience de toutes les dimensions de cette miséricorde divine qui nous dépasse en bousculant nos mesquineries et nos petitesses. Et par une heureuse rencontre, c’est aussi le dimanche où le Secours Catholique nous invite à réfléchir sur la présence des pauvretés dans notre société et nous interpelle vigoureusement pour que nous ne restions pas indifférents à toutes les détresses, évidentes ou cachées.

            Mais qu’en est-il exactement de cette royauté ? Pourquoi employer ce langage qui peut sembler archaïque ou inutilement politique ?

            Comme nous le rappelle la première lecture, la royauté est le système politique adopté par Israël à partir du règne de Saul et porté à son apogée, en dépit de zones d’ombre, par David et Salomon. Mais cette royauté, nous rappellent vigoureusement les textes, et en particulier les prophètes, n’a de sens qu’en référence à une autre, qui n’est pas de ce monde, exercée par Dieu lui-même qui est le vrai roi d’Israël. Au cours de l’histoire, il y aura toujours une tension entre cette souveraineté universelle et sa réalisation humaine dans le peuple d’Israël.

            C’est en étant bien conscients de cette dualité que nous pouvons essayer de comprendre ce que veut dire l’Église quand elle désigne Jésus comme le roi de l’univers.

            Comme l’écrit St Paul, c’est seulement dans l’action de grâces que nous pouvons accueillir la Royauté de Jésus sur l’univers et sur chacun d’entre nous. Et la préface de la prière eucharistique, tout-à-l’heure, le précisera, « c’est un règne de vie et de vérité, de grâce et de sainteté, de justice, d’amour et de paix. »

            Quel programme ! Il pourrait nous décourager, si nous en restons au niveau des idées, alors qu’il s’agit de se situer dans le registre de l’incarnation et de la mise en pratique, en acceptant de procéder par étapes et de ne pas chercher d’emblée la perfection.

            Et l’on peut dire que ce programme nous invite à nous poser la « question du sens », comme l’écrivent nos évêques dans leur analyse récente de la société française intitulée « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique. »

            Il s’agit de retrouver le sens de la vie, et peut-être d’abord celui de la personne humaine, malmenée par toute sorte de théories hasardeuses. Or, les évêques le disent clairement « Les aspirations les plus profondes de l’être humain sont de se réaliser comme personne en sein d’une communauté solidaire. »

            En Jésus, et nous en revenons à la lettre aux Colossiens, nous contemplons celui qui a réalisé l’humanité dans sa perfection et sa plénitude, à la fois en sa nature divine (« Il est l’image du Dieu invisible... en lui habite toute plénitude ») et en sa nature humaine : »Il est le premier-né d’entre les morts... et fait la paix par le sang de sa croix. »

            Cet aspect est particulièrement mis en valeur par l’évangile de Luc en ce chapitre 23. Sur la croix, Jésus y apparaît non comme une simple victime de l’injustice des hommes, mais comme le roi, le juge, le sauveur, incompris par l’un des malfaiteurs qui lui reproche de ne pas utiliser sa puissance pour se sauver, et eux avec, mais annonçant à l’autre bandit, le repenti, son entrée dans le paradis en sa compagnie. Jésus est celui qui se fait notre compagnon, voilà sa royauté, acquise chèrement par le don total de sa vie au service de Dieu son Père et celui de ses frères humains.

            C’est donc seulement en gardant les yeux fixés sur la croix –et je souhaite ardemment que vous ne quittiez pas cette église sans prendre le temps d’un moment de recueillement devant le croix du chœur, -ou alors devant un crucifix chez vous si vous le préférez- que nous pouvons accueillir pleinement les expressions de St Paul traduisant la royauté du Christ en évoquant tour à tour le monde des réalités célestes et en faisant allusion aux êtres visibles et invisibles (nous reprendrons bientôt cette expression dans le Credo), pour magnifier l’immensité de la création, et en soulignant tout autant sa présence auprès de nous en tant que tête de l’Église.

Si le Christ, roi de l’univers, est la tête de l’Église, il importe alors que l’Église, c’est-à-dire les chrétiens, c’est-à-dire chacun d’entre nous, ne soyons pas indifférents au sort de nos frères les plus pauvres et les plus démunis, proches ou lointains. C’est le sens de l’interpellation lancée récemment aux candidats aux élections par la présidente du Secours catholique. La royauté du Christ n’est pas une royauté de domination, mais une royauté de service,, telle qu’elle est définie dans les termes de la préface que je vous citais tout-à-l’heure. Ces mots que nous prononcerons et écouterons avec foi, saurons-nous les traduire dans notre quotidien pour être en vérité ces disciples missionnaires que réclame Jésus notre roi ?

 

                                                                                                          Pierre Chollet