Père Chollet le 2 septembre 2018

Dimanche 2 septembre 2018. St Jacques, messe de 11 h.

 

 

            « Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes. Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter. » Cette forte exhortation de la lettre de St Jacques convient parfaitement, me semble-t-il, à la période de rentrée que nous vivons et nous invite à réfléchir et si besoin est, à nous convertir. Et qui parmi nous pourrait penser ou affirmer qu’il n’a pas besoin de conversion !

            En effet, nous venons de reprendre ou nous allons le faire très bientôt, nos activités familiales, professionnelles, bénévoles. Nous ne pouvons pas le faire sans réfléchir et nous poser quelques questions. Jésus nous y aide en nous proposant de réfléchir à nos pratiques et d’en mesurer la cohérence ou l’incohérence. Il fait à l’occasion d’une réflexion critique portée par les pharisiens scandalisés par le fait que, selon eux, les disciples de Jésus ne suivent pas la tradition des anciens en matière de rites de purification avant de manger et donc se rendent impurs, selon la terminologie consacrée (il ne s’agit pas ici de pratique d’hygiène élémentaire et qui évidemment n’est pas remise en question !) Jésus déplace la question en proposant une réflexion sur l’intérieur et l’extérieur, et sur ce qui entre en l’homme ou ce qui sort de lui. Par là, Jésus replace l’homme au centre devant Dieu et l’invite à prendre ses responsabilités ; il nous invite aussi à ne pas exagérer l’importance des lois de pureté rituelle contenues surtout dans le chapitres 11 à 16 du Lévitique et qui au long des siècles, avaient fait l’objet d’interprétations minutieuses et de prescriptions tatillonnes de la part de générations de docteurs de la Loi. Jésus, donc, dévoile l’hypocrisie de ces pratiques en se référant à l’Écriture, particulièrement à Isaïe qui en son chapitre 29, définit le véritable culte. Nous commençons à mesurer l’importance de bien nous référer à la Parole authentique de Dieu, comme nous y invite St Jacques et non pas simplement à agir en fonction d’une tradition reçue et non vérifiée !

            Ce texte nous propose trois niveaux d’enseignement. Tout d’abord, c’est la critique adressée aux Pharisiens, accusés d’hypocrisie et de laisser le commandement de Dieu pour s’attacher aux traditions des hommes ; on dirait que Jésus est quelque peu découragé par l’endurcissement des Pharisiens et qu’il n’espère pas beaucoup leur conversion ; ensuite, un enseignement adressé à la foule invite à bien distinguer entre ce qui entre dans l’homme et ce qui sort de lui, toutefois sans que Jésus précise ce qu’il entend par là : il laisse chacun à sa réflexion. Enfin, s’adressant à ses disciples, à l’écart de la foule, Jésus précise alors ce qui, selon lui, est la source et l’origine de la véritable souillure en sortant de l’homme : ce sont les pensées et les conduites perverses. Nous sommes donc invités à faire un véritable examen de conscience ! Que laissons-nous entrer en nous et surtout que laissons-nous sortir de nous-mêmes ? Sommes-nous capables de nous interroger intérieurement et de faire le tri de nos sentiments et de nos pensées ? Laissons-nous tout sortir de nous-mêmes sans aucune retenue, aucun scrupule ou aucune prise de conscience de l’éventuelle perversité de ce qu’il y a en nous ? Il ne s’agit pas de tomber dans une culpabilité malsaine, mais d’affiner notre conscience en prenant la mesure de notre responsabilité et en laissant la Parole agir en nous. Nous y revenons à nouveau.

            L’importance et la force de cette Parole sont au cœur des deux premières lectures de ce dimanche. On pourrait dire, par exemple, que le livre du Deutéronome, le cinquième du Pentateuque, et qui en forme comme la conclusion, mais qui est aussi l’ouverture des livres suivants rédigés dans son esprit, est essentiellement une célébration de la grandeur de la Parole transmise au peuple de la part de Dieu par l’intermédiaire de Moïse. C’est une invitation solennelle à se mettre à l’écoute active de ce qui est révélé, donné, transmis pour le mettre en pratique. Dans le Deutéronome, l’écoute et la mise en pratique ne sont jamais séparées, mais toujours relatives l’une à l’autre. L’attachement aux commandements assure la vie d’Israël, au contraire, s’écarter du Seigneur pour suivre les idoles, c’est tomber dans un piège mortel. La promesse de vie et de possession du pays apparaît relative à la mise en pratique des lois et des coutumes enseignées par Moïse au nom du Seigneur. Toutefois, les différentes bénédictions et promesses ne sont pas promises à l’observance comme telle des différents commandements, mais à l’esprit d’obéissance, à la fidélité, à l’attachement à la personne du Seigneur. C’est dans le détail de la vie quotidienne que s’incarne l’obéissance au Seigneur, mais l’observance des commandements n’est que le moyen concret et la manifestation, jour après jour, de cette obéissance amoureuse. En effet, nous ne sommes pas dans le registre du « donnant-donnant. » L’observance des commandements ne confère aucun droit à recevoir les bienfaits de Dieu, ceux-ci relèvent directement de la gratuité divine. Par cette obéissance, Israël –et nous aujourd’hui- demeure volontairement accueillant aux grâces futures de Dieu, tandis que la désobéissance équivaut à refuser les bienfaits de Dieu. Il n’est jamais porté atteinte au caractère gratuit des bénédictions divines, car c’est la dépendance même à l’égard de l’amour gratuit de Dieu que reconnaît et recherche l’obéissance. En étant conscients du paradoxe, on pourrait dire qu’Israël obéit afin d’obtenir ce qui n’est que grâce ... Evidemment, une certaine conception de l’homme et de sa liberté pourrait s’effaroucher devant cet idéal de dépendance vis-à-vis de Dieu, mais le Deutéronome nous l’assure : le lien, le service et la dépendance à l’égard de Dieu sont la matière même de la vie et du bonheur de l’homme, comme le chante aussi le psaume 1 en ouverture de tout le psautier : »Heureux est l’homme qui se plaît dans la loi du Seigneur. » La Loi, pas n’importe laquelle, mais la loi de Dieu est la source et la conditon du bonheur pour l’homme

            Par là, le Deutéronome se situe bien comme étant à l’origine de la littérature sapientielle, qui ne cessera de méditer sur les rapports de l’obéissance à Dieu et de son amour pour lui.

            La lettre de St Jacques – nous ignorons auquel des 3 « Jacques » du Nouveau Testament nous devons cet écrit, probablement pas aux 2 qui appartenaient au groupe des « Douze », mais plutôt à celui qui est qualifié de « frère du Seigneur », de « colonne de l’Église », et qui a occupé une place éminente dans la communauté de Jérusalem et joué un rôle important comme Pierre, dans la controverse avec les judaïsants- retrouve les accents du premier Testament pour mettre la Parole au premier plan : »Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous...Mettez la Parole en pratique... » Et nous constatons que, en proposant tel ou tel exemple ou telle ou telle action à accomplir, la lettre de St Jacques a toujours le souci de concrétiser l’enseignement qu’elle donne, par exemple aujourd’hui le souci des orphelins et des veuves qui sont les grands laissés pour compte de la société d’alors. Jacques s’adresse non seulement à l’intelligence de l’homme, mais aussi à son cœur profond, à toutes ses capacités de discernement, de choix et de décision.

            Ce sont ces capacité de choix et de décision qu’il nous appartient de mette en œuvre en cette période de rentrée. Nous savons, ou il nous faut redécouvrir, que les communautés chrétiennes ont besoin de chacun de leurs membres en fonction de leurs capacités. Ne nous mettons pas en retrait, offrons nos énergies au Seigneur, il saura les valoriser. AMEN !

 

                                                                                              Pierre Chollet