Père Chollet le 2 juillet 2017

2 juillet 2017. St Pierre 11 h. et 18 h.30

 

            Le caractère universel de la mort était fortement affirmé dans le passage de l’épître aux Romains lu la semaine dernière. Le chapitre 6 de la même lettre y fait encore allusion, mais dans un cadre différent. La réflexion ne concerne plus la nature humaine de manière générale, mais la dimension sacramentelle de nos relations avec le Christ. La mort n’est plus considérée uniquement comme une malédiction, mais comme un élément constitutif de l’union au Christ dans le baptême. Le baptême retrouve ainsi toute son « épaisseur » anthropologique. Ce texte peut et doit nous permettre de redécouvrir la dimension véritable de ce sacrement considéré, à juste titre, comme la première étape de l’initiation chrétienne. Qui dit initiation dit mise en route avec des passages obligés. St Paul, par sa réflexion nous rappelle que le baptême n’est pas un simple rite formel d’entrée pour saluer l’arrivée d’un nouveau membre dans la communauté mais donne à celui qui est reçu sa pleine dimension de frère ou de sœur de Jésus.

            « Nous tous qui avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. » C’est la mort à laquelle Jésus a consenti par amour pour chacun d’entre nous, mais qui n’a pas pu le retenir en son sein, puisque cette mort débouche sur la résurrection et la vie éternelle. Mort et résurrection sont les deux faces indissociables du baptême et sont symbolisées par la fait d’être plongés dans l’eau, figure de la mort, cette eau d’où ressort le baptisé pour entrer dans la vraie vie. C’est pourquoi le baptême par immersion (ce qui est un pléonasme, puisque « baptiser » veut dire « plonger ») est tellement significatif et impressionnant ! Dans un autre passage, Saint Paul parle de se dépouiller du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau : si nous le vivons en vérité, le baptême ne laisse pas indemne : « Vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus-Christ. »

            Être baptisés, en effet, ce n’est pas seulement vivre le moment du sacrement, mais c’est s’engager dans une vie nouvelle, à la suite du Christ et dans la communion fraternelle avec tous les chrétiens. Nous n’avons pas simplement « été baptisés », il ya plus ou moins longtemps ; en toutes circonstances, « nous sommes des baptisés », avec la responsabilité de vivre le mieux possible le don gracieux qui nous été fait. Pensons-nous chaque jour à remercier le Seigneur pour ce don ? Pensons-nous à rendre grâce pour ceux et celles qui nous ont conduits vers le baptême, nos parents, peut-être nos amis ou nos collègues ? Pensons-nous à témoigner, en toute discrétion, mais dans la joie,

de notre baptême ? Le meilleur témoignage étant bien sûr celui des actes et non uniquement celui de la parole, comme le rappelle St Jean avec force !

            En dépit des apparences, le texte de la première lecture n’est totalement étranger à l’esprit de l’épître aux Romains. Il ne faut pas le réduire à une dimension anecdotique. Bien sûr, il a été choisi en fonction de l’évangile, en raison du thème de l’accueil. Il fait partie des récits relatifs à Élisée, ce très populaire prophète, successeur du grand Élie, qui enthousiasmait les fidèles yahvistes du 8ème siècle avant notre ère et réconfortait leur foi. En effet, en un temps où les différentes formes de polythéismes, avec les Baals et les Astartés pullulaient, il faisait preuve de conviction, d’audace, de force et même d’autorité sur les puissants. Il est l’homme de Dieu, mais son action se déploie dans les actes les plus ordinaires de la vie. Accueilli avec respect par la femme de Sunam, le prophète se conduit en représentant de celui qui prend en charge les inquiétudes de ses fidèles. Et Dieu sait si cette inquiétude est grande dans la maison en question, puisque le couple n’a pas d’enfant, ce qui était considéré comme une malédiction insupportable. Élisée atteste que Dieu veut donner la vie et qu’il en est capable. En continuant le récit, ce que je vous invite à faire, on découvrirait la fragilité de cette vie, mais aussi comment Dieu est toujours disposé à la rendre possible. Nous ne sommes pas si loin de la théologie et de la spiritualité du baptême, à vivre dans le quotidien avec ses joies et ses peines, éclairé par le fait qu’en Jésus-Christ, Dieu a manifesté de manière définitive sa maîtrise de la vie et de la mort.

            L’évangile nous propose la fin des instructions données par Jésus à ses Apôtres après les avoir institués en collège missionnaire. Elles contiennent à la fois des mises en garde et des encouragements. La mission, je l’ai déjà fait remarquer la semaine dernière, ne sera pas de tout repos. Elle implique que l’on vérifie à tout moment la qualité de notre relation au Christ. C’est bien ainsi qu’il faut entendre la défiance exprimée par le Christ envers les relations familiales. Le propos peut nous sembler choquant, mais le texte original nous aide à comprendre. Matthieu utilise un des verbes «aimer» (ils sont nombreux en grec) qui a souvent pour lui une valeur péjorative, qui désigne un amour possessif et non pas l’amour ouvert aux autres à l’image de l’amour de Dieu. En ce sens, aimer ses parents ou ses enfants plus que Jésus, c’est ne pas avoir encore perçu le rôle capital que celui-ci joue dans nos vies; C’est ne pas avoir saisi qu’il est la racine de tout amour, permettant à nos affections humaines de grandir et de se développer en un véritable amour d’agapè.

            Et Jésus va plus loin, nous poussant dans nos retranchements : préférer sa propre vie,, son propre épanouissement, son propre projet, c’est ne pas comprendre que la vraie libération consiste à assumer le réel tel qu’il est, dans la force de celui qui prend sur lui toute souffrance pour en faire un acte d’amour. Nous reconnaissons là, une fois de plus le paradoxe des Béatitudes qui colore l’évangile de St Matthieu dans son intégralité ! C’est l’accueil de la grâce poussé à l’extrême, accueillir quoi qu’il en coûte, de manière totalement désintéressée.

            Cette dimension de l’accueil est développée dans la finale du discours, avec des exemples concrets qui ne sont pas sans évoquer les récits autour d’Élisée. Recevoir Jésus, c’est accueillir le don d’amour du Père; recevoir l’apôtre et son message, c’est communier avec lui dans l’accueil de ce don. Les termes de prophète, juste ou disciple désignent la diversité de perception et d’accueil que chacun peut avoir des envoyés du Christ., et l’évocation de la récompense attachée à chaque geste d’accueil exprime comment tout homme qui en accueille un autre est lui-même comblé dans la mesure où il comprend l’appel de Jésus qui lui parvient à travers l’autre qui est son envoyé. Il ne s’agit pas de salaire ou de donnant-donnant. La récompense n’est autre que la personne même de Jésus, car c’est l’accueil des autres qui nous fait entrer dans l’intimité du Père et du Fils. Y-a-t-il récompense plus merveilleuse ?                                                       AMEN !

 

                                                                                                          Pierre Chollet