Père Chollet le 2 et 3 mars 2019

2-3 mars 2019 St Pierre, 18h30 et 9h ; St Jacques, 11h

 

La liturgie nous propose aujourd’hui la conclusion du chapitre 15 de la 1ère épître aux Corinthiens dont nous avons commencé la lecture le 5ème dimanche (c’était le 10 février) avec son introduction solennelle : « Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée. » Cette Bonne Nouvelle –vous savez que c’est le sens du mot Évangile » - concerne Jésus, le Messie d’Israël, et spécialement le fait de sa mort et de sa résurrection. Assurément, ce chapitre est d’une importance capitale ; il veut répondre à un certain nombre de questions que se posaient les Corinthiens et que nous aussi nous nous posons sans doute aujourd’hui. Ces Grecs, évangélisés par Paul après son semi-échec à Athènes (déjà à propos de la résurrection des morts, voir les Actes des Apôtres au ch. 17), butaient devant cette annonce et ne savaient pas comment se représenter la résurrection ; dès lors ils n’étaient pas loin d’en nier la réalité. Paul rappelle alors vigoureusement le fait de la résurrection de Jésus, fait central de la foi chrétienne mais aussi expose qu’on ne peut l’exprimer que dans un langage symbolique ou parabolique, c’est-à-dire avec des images qui ont toutes leurs limites.

Je vous rappelle les principaux développements de ce chapitre.

Dans une introduction, St Paul présente les soubassements de la foi en la résurrection dans la tradition la plus ancienne en se fondant sur la notion de transmission et de transmetteur : »Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu. » (Nous avions rencontré déjà cette formule à propos de l’enseignement sur le dernier repas de Jésus au ch. 11.) Et c’est l’occasion pour Paul de citer le plus ancien symbole de la foi que nous connaissions, que nous retrouverons comme soubassement des Crédos rédigés ultérieurement par les Conciles du 4ème siècle. Paul montre que le christianisme est essentiellement foi dans le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, transmis et attesté par toute une chaine de témoins dans la conformité aux annonces de l’Écriture. Cette mort et cette résurrection de Jésus sont d’ailleurs indissociables de tout le reste de la vie du Sauveur. L’ »après-résurrection de Jésus » ne peut pas se concevoir sans l’ »avant-résurrection de Jésus ». La résurrection implique l’incarnation avec toutes ses dimensions qui seront progressivement développées dans la littérature évangélique postérieure à cette épître pour servir de socle au message de salut qui demeure central.

Dans la deuxième partie de son exposé, Paul essaie de donner quelques éléments pour dessiner autant que faire se peut le « comment » de la résurrection et il recourt à de multiples images (l’image du grain, la nature différente des corps, selon la philosophie antique...) pour faire saisir une réalité qui échappe à l’observation de nos sens physiques.

Remarquons, et cela est vrai aussi du texte qui nous occupe aujourd’hui, que Paul à chaque étape de son raisonnement souligne le lien qui existe entre la résurrection de Jésus et notre propre résurrection. C’est bien pour nous que Jésus est venu vivre, enseigner, mourir sur la croix et vaincre la mort par la résurrection !

C’est un véritable poème qui conclut ce chapitre à la foi vibrante. Comme il l’a montré tout au long du texte, Paul souligne que la résurrection est l’événement qui donne tout son sens à l’histoire de l’humanité et qui met fin au monde ancien pour inaugurer les temps nouveaux. De corruptible et mortel qu’il était, l’homme devient incorruptible et peut entrer dans l’éternité. Pour annoncer cette victoire de la vie sur la mort, Paul se réfère à l’Écriture en citant librement Isaïe 25 et Osée 13 : »Ô mort, où est ta victoire ? Ô, mort, où est-il ton aiguillon ? » Paul est réaliste, il sait que la victoire s’obtient par un combat, car le péché continue à guetter l’humanité, en se servant, c’est la conviction de l’apôtre, de la Loi comme instrument. L’observer, c’est s’enorgueillir devant Dieu ; ne pas l’observer, c’est ne pas respecter la volonté de Dieu...Comment faire ? Seule notre confiance radicale en Dieu et en sa grâce peut nous sauver.

Alors peut jaillir du cœur de l’homme l’action de grâce qui va nous permettre de devenir pleinement disciples. Il s’agit de faire des progrès dans l’œuvre du Seigneur et de nous laisser guider par son esprit. En passant avec lui l’épreuve de la souffrance et de la mort, nous participons déjà à sa résurrection. Une vie de dépassement de soi et de service tournée vers les autres peut paraître aux yeux du monde faiblesse et folie ; aux yeux de la foi, elle a toute sa valeur dans le Seigneur et elle pourra s’épanouir après la mort de notre corps de chair. L’esprit de Jésus nous fait vivre dès aujourd’hui dans la plénitude de la vie et nous garantit pour demain la vie éternelle avec le Seigneur.

C’est dans cet esprit qu’il nous faut lire la première lecture et l’évangile d’aujourd’hui, qui peuvent nous paraître bien terre-à-terre après les puissantes réflexions pauliniennes.

L’extrait du livre de Ben Sirac le Sage nous livre une réflexion sur l’homme et ce qu’il révèle quand il prend la parole. La parole, selon l’auteur, révèle le fond du cœur de l’homme, elle finit toujours par trahir celui qui la profère. Mais attention de ne pas nous contenter de juger autrui, méfions-nous de notre propre parole ! En fait ce texte nous invite à ne pas dire n’importe quoi, mais à tourner notre langue sept fois dans notre bouche avant de parler de manière éventuellement irraisonnée... C’est une sagesse qui peut paraitre un peu courte, mais qui devrait nous inciter au retour sur nous-mêmes et à la réflexion.

L’évangile est la suite exacte de celui de dimanche dernier, mais avec des propositions beaucoup plus concrètes. Dimanche dernier, étaient exposés de manière solennelle les grands principes du discours lucanien dans la plaine. Aujourd’hui, c’est une sorte de mode d’emploi décliné selon quatre petites paraboles : celle des deux aveugles, celle du maître et du disciple, celle de la paille et de la poutre, celle du vrai disciple. A l’inverse de ce qu’on trouve chez Matthieu, dans le contexte du Sermon sur la montagne, elles ne visent pas d’abord « ceux du dehors », c’est-à-dire les pharisiens, mais plutôt les membres de la communauté.

La première parabole vise justement les disciples eux-mêmes et spécialement ceux qui sont en situation de responsabilité ; celui qui a reçu un ministère de guide doit posséder en lui la lumière du Christ pour éclairer ses yeux !

La deuxième parabole, celle du maître et du disciple se comprend bien quand on réfléchit aux méthodes d’enseignement des écoles rabbiniques. L’élève idéal, c’était celui qui répétait le plus fidèlement possible les paroles de son maître, qu’il avait lui-même apprises d’un autre. Le disciple accompli reproduisait fidèlement l’enseignement du maître, assurant ainsi la fidélité de la chaine de transmission. Mais il y a plus : qui est le maître du chrétien, sinon celui que Jésus a désigné un peu auparavant comme étant notre Père : être un disciple accompli, c’est donc être miséricordieux comme Dieu lui-même. Les deux paraboles suivantes sont encore plus percutantes, elles nous invitent à un vrai retour sur nous-mêmes et à travailler à la bonne entente entre frères. Posons-nous la question : savons-nous favoriser la paix à l’intérieur de nos familles, dans le cadre des associations auxquelles nous adhérons, et à l’intérieur de notre communauté paroissiale ? Il faut aussi que la communauté s’examine elle-même et écarte de son propre cœur tout ce qui est contraire à l’Évangile, ce qui implique évidemment de connaître, d’accueillir et d’approfondir les exigences évangéliques ! Jésus, avec son style inimitable, nous invite à passer à une vie nouvelle dont l’issue est la vie en communion avec le Ressuscité !

                                                                                              Pierre Chollet