Père Chollet le 1er novembre 2017

1er novembre 2017. St Pierre 9 h., St jacques 11 h.

 

            Auréoles, odeur de sainteté, statues modestes ou imposantes, canonisation, dévotion et reconnaissance envers notre saint patron ou notre sainte patronne, voilà quelques éléments, quelques thèmes de réflexion qui peuplent nos pensées en ce jour de la Toussaint. (Je ne parle évidemment pas de citrouilles, toiles d’araignées et autres masques de sorcière !) On peut d’ailleurs comprendre ce terme de deux façons : d’abord, bien évidemment, il nous invite à fêter d’un seul mouvement tous les saints connus ou inconnus, à la fois ceux dont les fêtes s’égrennent tout au long de l’année et ceux qui n’ont laissé qu’un vague souvenir dans l’histoire et la liturgie ; mais ce terme de Toussaint retentit également comme un appel universel à la sainteté. Quel est donc le sens précis de ce terme de sainteté ?

            Dans le premier Testament, la sainteté est un attribut exclusif du Dieu unique, « Soyez saints comme je suis saint », dit-il dans le Lévitique, même si cette caractéristique peut s’étendre aux réalités qui le touchent de près, et il évoque une forme de séparation ou de mise à part pour éviter la souillure incompatible avec les réalités célestes. Et Saint Pierre, au début de sa 1ère lettre, écrira : »Comme des enfants obéissants, ne vous conformez pas aux convoitises d’autrefois, du temps de votre ignorance, mais de même que celui qui vous appelés est saint, vous aussi devenez saints dans toute votre conduite, parce qu’il est écrit « soyez saints, car je suis saint. » Saint Pierre se situe donc dans la ligne des prophètes qui n’ont cessé d’appeler à la sainteté, c’est-à-dire à mettre en œuvre les préceptes de la Loi pour se rapprocher de Dieu autant que possible.

            Autrement dit, rechercher la sainteté et l’admirer dans un certain nombre de nos semblables, c’est chercher à imiter Dieu et rendre grâces pour ceux qui y sont parvenus au moins partiellement. Plusieurs fois, ces derniers dimanches, nous avons entendu St Paul exhorter les membres des Églises qu’il a fondées, en particulier celle des Thessaloniciens, à l’imiter pour imiter le Christ. Voilà le chemin de la sainteté. Mais il peut être vécu de multiples manières.

            L’examen du calendrier des Postes (s’il existe encore !) ou plus sérieusement, la lecture du Sanctoral dans nos missels et la méditation de la grande prière qu’est la litanie des saints nous convaincra que la sainteté a emprunté dans l’histoire de l’Église de multiples chemins et revêtu de nombreuses nuances. On y rencontre des hommes, des femmes, des religieux, des laïcs, des célibataires, des personnes mariées (et les fidèles de la chapelle haute, à Saint Pierre, savent qu’elle est consacrée à un couple, canonisé en tant que tel, Louis et Zélie Martin, les parents de Ste Thérèse.) IL est intéressant de constater que la litanie des saints, que l’on peut prier avec plus ou moins de variantes, est récitée ou chantée dans de grandes occasions où le sens de la communauté est particulièrement mis en valeur : baptêmes, ordinations, et bien sûr vigile pascale, la célébration des célébrations qui nous unit à l’œuvre rédemptrice du Christ et fait de nous un seul corps. Nous commençons donc à comprendre que fêter la sainteté des élus et travailler à imiter la sainteté de Dieu pour se rapprocher de lui sont les deux faces d’une même médaille, l’une ne devrait pas aller sans l’autre, mais évidemment notre propension au péché complique un peu les choses...

            Cependant, ne nous laissons pas aller au découragement ; le passage du livre de l’Apocalypse – rappelons que ce terme ne signifie pas « catastrophe », comme le veut l’usage courant et détourné, mais au contraire « révélation, dévoilement » du dessein de Dieu sur l’humanité et invitation à regarder un peu plus loin que le bout de notre nez ! – nous invite à la contemplation des réalités célestes et surtout des foules rassemblées devant le trône de Dieu. La foule est composée de »toutes nations, tribus, langues et peuples. » C’est une foule fraternelle, rassemblée devant le trône du père pour une liturgie solennelle. Cette liturgie céleste s’inspire à la fois de la fête juive des Tentes, ce qu’on peut déduire de l’utilisation des palmes (qui deviendront ultérieurement dans l’art chrétien l’attribut des martyrs) et des célébrations de la royauté du Seigneur, bien connue par un certain nombre de psaumes. La foule rassemblée dans l’Apocalypse de Saint Jean célèbre le triomphe définitif de Dieu sur les forces du mal et en particulier sur César quand il se prend pour Dieu. C’est les sens du refrain entonné par les anges « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce... » Il s’agit bien de rendre à Dieu ce qui lui revient à lui seul, comme l’évangile nous y invitait il y a quelques dimanches. La voie de la sainteté passe par ce chemin. Un chemin où nous sommes invités à nous croiser, à nous rencontrer, à partager. Le chemin de la sainteté n’est pas uniquement individuel, il nous invite à rejoindre la communauté des sauvés, l’Église que nous proclamons sainte dans le Credo, cette Église qui est « le peuple qui cherche ta face », comme l’a chanté le psaume. C’est en cherchant inlassablement la face du Seigneur, c’est en recherchant à vivre de l’amour donné par le Père, nous dit encore St Jean dans sa lettre, un don gracieux, que nous pouvons entrer dans cet esprit des enfants de Dieu qui se mettent à son service, deviennent ses témoins et se préparent à le voir tel qu’il est. Bien loin qu’elle soit notre oeuvre, la sainteté de Dieu rejaillit sur nous et nous renouvelle.

            Nous le comprenons bien, chercher la sainteté n’est pas simplement mettre en œuvre une morale humaine, fût-elle très élevée. Elle consiste à prendre Jésus comme guide et comme modèle. J’ai rappelé plus haut le thème de l’imitation du Seigneur, abondamment développé par Paul. Les Béatitudes sont précisément le programme qui va nous permettre de nous identifier, au moins en partie, à Jésus lui-même. Quand Matthieu met en forme le texte des Béatitudes, il s’adresse à des chrétiens qui cherchent à concrétiser le Royaume inauguré par Jésus de Nazareth. Ces Béatitudes, rédigées au présent, en particulier la première et la septième, répondent à la question : »Que faut-il faire pour avoir part au Royaume, pour le laisser s’installer, pour lui permettre de s’étendre et en fin de compte être compté pour l’éternité parmi les saints, les amis de Dieu ? »

            Les Béatitudes ne sont pas des abstractions, elles renvoient à des situations bien caractérisées, à des personnes très concrètes, déjà connues dans le premier Testament.. Le pauvre est celui qui met toute sa confiance en Dieu, qui lui abandonne totalement son destin. Et quand Jésus, se fondant sur Isaïe, proclame les pauvres bienheureux, il le fait en référence à sa propre personne. Aujourd’hui, les pauvres sont heureux parce que Jésus est au milieu d’eux. Songeons au malhonnête Zachée à qui Jésus déclare « aujourd’hui, je dois demeurer chez toi », parole qui déclenche chez le publicain richissime la prise de conscience de sa pauvreté réelle.

            « Heureux ! » Dans la Bible, ce cri félicite celui qui mettant à profit les dons de Dieu éprouve dès aujourd’hui un certain bonheur et qui restant fidèle à la voie choisie sera déclaré juste lors du jugement divin. Prions instamment pour accueillir les promesses de vie et vivre selon l’esprit du Royaume des Cieux qui nous est donné gratuitement. C’ est le chemin de la sainteté aujourd’hui comme hier. AMEN !

                                                                                              Pierre Chollet