Père Chollet le 19 février 2017

18 et 19 février 2017. St Jacques messe de 19 h., St Pierre messe de 11 h.

 

            Nous poursuivons aujourd’hui la lecture du Sermon sur la montagne et nous lisons la suite de ce que nous avons entendu et médité dimanche dernier, c’est-à-dire les derniers versets du chapitre 5 de l’Évangile selon St Matthieu.

            Dans cet ensemble, nous retrouvons deux séquences, introduite chacune par le refrain que nous avions déjà souligné : »Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens...éh bien moi je vous dis. » C’est par cette formule qui lui est toute personnelle que Jésus souligne et interprète son propos initial où il affirme qu’il n’est pas venu abolir, mais accomplir la Loi et les Prophètes. Gardons toujours cela en tête !

            La première proposition de la formule renvoie aux commandements tels qu’ils sont exprimés dans l’Ancien Testament ou à la manière dont ils étaient vécus par les Pharisiens. La deuxième proposition renvoie, je vous le rappelle, à la parole d’autorité qui est la caractéristique de l’enseignement de Jésus : celui-ci ne se contente pas de répéter, il fonde son interprétation sur sa propre pratique et sa propre manière de vivre.

            Le texte d’aujourd’hui se divise donc en deux séquences. La première prend appui sur la loi du talion ; littéralement cette loi signifie que dans le cas d’un dommage causé à autrui, le châtiment doit être proportionné, sans tomber dans l’excès dû à l’esprit de vengeance. Sa mise en vigueur avait contribué à réduire le cycle des vendettas sans fin.

            Mais Jésus va au-delà. Il invite à une conduite résolument nouvelle, à créer une situation radicalement inédite en rompant le cycle de la violence et en s’efforçant d’établir des rapports qui sont fondés sur la grande idée qu’il a développée dans les versets précédents : celle de la fraternité. Pour lui, la qualité des rapports fraternels doit être la priorité et c’est pourquoi, je le rappelle également, la prière du Notre-Père sera enseignée par Jésus comme un pivot au centre des trois chapitres qui forment le Sermon sur la montagne. Et nous avons comme un écho anticipé de cette prière, qui est la prière chrétienne par excellence, lorsque Jésus nous exhorte à être vraiment les »Fils de [notre] Père qui est aux cieux . »

            Il s’agit donc d’essayer de comprendre la manière dont Dieu lui-même agit et de nous efforcer de l’imiter ; c’est bien aussi un des sens du verbe « accomplir », qui signifie « mettre en œuvre ». Et pour nous permettre de dépasser nos hésitations et nos aveux d’impuissance, Jésus nous invite à découvrir qui est Dieu en vérité. ; c’est l’objet de la deuxième séquence du texte. De même que Dieu s’engage totalement envers sa créature sans faire acception de personne, comme le dira St Pierre dans les Actes des Apôtres, de même nous sommes invités à aller au-delà de nos réticences, de nos rancœurs, de nos étroitesses d’esprit...Jésus ne dit pas que ce soit facile, mais c’est indispensable pour que le monde évolue vers plus de justice et de paix.

            Jésus propose des règles de conduite qui semblent friser le déraisonnable, mais c’est bien dans la ligne des deux paraboles introductives, celles qui nous demandent d’être sel de la terre et lumière du monde. Tant que nous n’aurons pas pris conscience de la fadeur et des ténèbres habituelles de notre monde, nous n’aurons rien à lui apporter de la part de Jésus.

            En fait, Jésus veut que Dieu retrouve sa place dans ce monde, et comment le pourrait-il si ses fils ne s’attellent pas résolument à la tâche et ne sont pas convaincus qu’ils doivent prendre modèle sur lui ? « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Il ne s’agit évidemment pas d’une simple ressemblance entre la perfection du Père et celle éventuelle, des disciples ; la perfection du Père doit être la source de celle des disciples. Cela n’est possible qu’en se branchant sur lui, c’est-à-dire en acceptant d’être des fils et des filles de Dieu, recevant de lui la grâce nécessaire !

            Pour entrer dans cet esprit, il suffit, -mais c’est toute la démarche d’une vraie conversion- , de porter nos regards sur le Fils par excellence, sur Jésus ; n’est-ce pas lui qui, en pardonnant à ses tortionnaires a incarné le principe de la non-violence qu’il propose à ses disciples ? St Paul, dans l’épître aux Romains le redira avec d’autres mots : »Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. » La violence engendre la haine, le pardon au contraire brise les cercles vicieux.

            En mettant en évidence et en donnant comme modèle la perfection de Dieu, Jésus se situe dans la ligne de ce livre assez étrange qu’est le Lévitique. Ce troisième livre du Pentateuque ne figure qu’exceptionnellement dans la liturgie dominicale : deux fois dans le cycle triennal des lectures et trois fois dans la liturgie de semaine. Autant dire que le Lévitique est peu connu des chrétiens. Il reflète surtout les préoccupations en matière de sacrifices des milieux sacerdotaux de Jérusalem après le retour de l’exil et veut redonner aux institutions israélites leur pleine valeur en les rattachant à l’événement de la sortie d’Égypte. Toutes ces institutions sont destinées à manifester la sainteté de Dieu et c’est autour de l’injonction « Soyez saints, car moi le Seigneur votre Dieu je suis saint » que s’unifient les lois complexes qui constituent ce qu’on appelle le »Code de Sainteté » qui s’étend sur neuf chapitres du Livre.

            Jésus ne s’attarde pas sur les prescriptions rituelles, et il n’hésitera pas, le cas échant, à les critiquer, mais pour lui la sainteté de Dieu est fondamentale, elle est à la racine d’un comportement vraiment humain. Le croyant est appelé à marquer sa distance à l’égard du péché, à adopter l’attitude qui convient en face du Dieu qui veut être adoré seul et sans partage. Mais ce Dieu est aussi celui qui sauve, celui qui se compromet dans l’histoire et celui dont l’amour a pris l’initiative d’arracher réellement l’homme à la détresse de son sort. Tout cela se vérifiera surabondamment dans la manière dont Jésus vient accomplir sa mission.                       AMEN

 

                                                                                                          Pierre Chollet