Père Chollet le 18 décembre 2016

17-18 décembre 2016. St Pierre, messes de 18 h. 30 et 9 h. Homélie

 

            Traditionnellement, le 4ème dimanche de l’Avent nous invite à nous interroger sur l’origine de Jésus. Dans le texte grec original, le mot employé pour cette recherche est celui de « genèse », terme qui nous renvoie évidemment au dessein de Dieu sur le monde et l’humanité tel qu’il est exprimé dans les premières pages de la Bible.

            Le récit d’aujourd’hui, qui met en scène Marie et Joseph prend la suite des versets qui exposent la généalogie de Jésus, replacée dans l’histoire biblique en commençant par Abraham et en passant entre autres par le roi David. Mais ce récit veut dépasser une généalogie purement historique et surtout présenter le caractère unique de cette naissance dont l’origine est en fait Dieu seul par son Esprit Saint.

            Pour ce qui est à proprement parler une révélation, deux motifs sont mis en œuvre et illustrés. Tout d’abord nous est proposé le cheminement spirituel de Joseph découvrant la grossesse de la jeune femme qui lui est destinée alors qu’ils n’habitent pas encore ensemble. C’est, sous la plume de l’évangéliste, l’occasion d’un portrait du charpentier de Nazareth, présenté avant tout comme un « juste », c’est-à-dire un homme capable de s’ajuster quelles que soient les circonstances, à la volonté divine.

            En effet, devant cette situation inattendue, Joseph forme d’abord ses propres projets : renvoyer discrètement celle qui est peut-être fautive, mais qu’il aime néanmoins. C’est sans compter sur l’intervention de Dieu par l’intermédiaire de son ange, au cours d’un songe (Matthieu emploie plusieurs fois ce procédé littéraire dans l’évangile de l’enfance de Jésus). Lui sont alors révélées la véritable origine de cet enfant et par-là même la mission qui sera la sienne.

            Lui est aussi communiqué le rôle que lui, Joseph, aura à jouer auprès de l’enfant : »Tu lui donneras le nom de Jésus c’est-à-dire le Seigneur sauve », manifestant par là une véritable paternité, car seul le père peut donner le nom à l’enfant. Ce nom est éminemment symbolique, comme le texte l’explique, « Car c’est lui qui sauvera le peuple de ses péchés. » Nous avons là en germe tout le déroulement ultérieur du ministère de celui en qui les croyants reconnaîtront le Messie attendu depuis des siècles.

            Et Joseph ne se contente pas d’écouter ce que l’ange lui révèle : à son réveil, il fait ce qui lui a été prescrit. Il a accueilli l’événement, maintenant il va jusqu’au bout de son rôle, donner place en son existence au mystère révélé. Cela nous interroge sur notre mise en pratique de la volonté de Dieu quand nous l’avons perçue...

            Mais le texte comporte une autre dimension, et c’est le deuxième motif mis œuvre. L’évangéliste se livre à une relecture du chapitre 7 du prophète Isaïe, dont nous avons entendu quelques versets en guise de première lecture. Le lien entre les deux est marqué par un mot capital dans l’esprit de Matthieu, celui d’accomplissement : « tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète... »

            L’histoire humaine prend définitivement une autre dimension ; la formule établit un lien unifiant à travers toute l’histoire. L’événement réalisé en Jésus « jette rétrospectivement une lumière définitive sur un texte, montrant ainsi que Dieu avait été à l’œuvre dans l’histoire d’Israêl », pour reprendre les mots de l’exégète Xavier Léon-Dufour. Ce procédé de Matthieu peut nous aider dans notre lecture des textes de l’Ancien Testament, qui nous paraissent parfois bien obscurs, éloignés de nos préoccupations d’aujourd’hui, voire même carrément dépassés et sans intérêt !

            Mais attention, ce texte n’est qu’un point d’appui, il ne s’agit pas d’une « preuve » au sens juridique du terme que nous privilégions aujourd’hui. Matthieu veut établir la continuité du dessein de Dieu. En s’appuyant sur le prophète Isaïe, il rappelle une autre naissance, attendue dans la famille royale à une époque de grand danger pour Jérusalem, et où le prophète invite à se remettre entre les mains de Dieu plutôt que de conclure des alliances humaines douteuses. C’est tout le sens du nom qui sera donné à l’enfant attendu, « Emmanuel, Dieu avec nous » D’une certaine manière ce nom est synonyme de celui de Jésus, l’un et l’autre attestant la présence de Dieu au milieu de nous. Ce sera d’ailleurs la conclusion de l’évangile tout entier : »Je suis avec vous tous les jours. »

            Il est intéressant de constater que Matthieu n’est pas le premier à faire une relecture de ce texte. La version grecque de la Bible, qu’il utilise, a déjà réinterprété le texte prophétique en y introduisant le thème de la virginité de la future mère. Nous avons là un exemple de l’affinement progressif de la Révélation par l’entrée dans le mystère de l’Incarnation et cela nous permet de mieux comprendre la personne de Marie choisie pour devenir la mère du Sauveur. C’est une approche complémentaire de celle de St Luc qui lui préfère se concentrer sur la scène de l’Annonciation où intervient l’ange Gabriel.

            Évidemment, il faut du temps et accepter de se laisser guider soi-même par l’Esprit Saint pour accueillir pleinement la manière dont Dieu procède pour nous faire comprendre la venue de son Fils au milieu de notre humanité.

            Dans son introduction de l’Épître aux Romains, proposée également à la lecture aujourd’hui, St Paul synthétise l’ensemble de ces éléments en se situant dans la perspective de la Résurrection, ce qui lui permet de donner le sens ultime de la personne de Jésus qui peut à bon droit être appelé Christ : « Cet Évangile ...concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts... » Cet événement salvifique par excellence a été annoncé et préparé par la première Alliance.. Maintenant il revient à chacun d’entre nous, d’en accueillir toute la profondeur et de s’en faire le témoin actif.

            Alors Noël ne sera plus seulement l’occasion d’un attendrissement bien compréhensible, mais insuffisant, devant la Crèche, mais la possibilité

de nous conforter dans notre condition de disciples-missionnaires.

            Rendons grâces à Dieu ! AMEN !

 

                                                                                                          Pierre Chollet