Père Chollet le 17 décembre 2017

16-17 décembre 2017 St Pierre, 18 h. 30 ; St jacques, 11 h.

 

Avec la Vierge Marie à laquelle est consacré le 4ème dimanche de l’Avent, Jean-Baptiste est la personne dont nous sommes invités, durant ce temps liturgique, à méditer et à accueillir l’expérience. A l’approche de Noël on aurait pu s’attendre à un rappel de l’enfance de ce cousin de Jésus, mais la liturgie veut surtout nous permettre de situer leur mission l’un par rapport à l’autre et comprendre de quelle manière Jean est bien le précurseur de Jésus, c’est-à-dire comment il lui prépare la route. La semaine dernière, nous avions une brève présentation du Baptiste et de ses activités par St Marc, aujourd’hui, nous sommes conduits à suivre les développements que St Jean l’évangéliste consacre à l’autre Jean. Il lui accorde une place de choix dans son œuvre, puisqu’il le mentionne déjà dans son majestueux prologue si connu : »Au commencement était le Verbe... » (Ce sont les premiers versets du texte proposé aujourd’hui.) Tout est centré sur les thèmes de la Lumière et du témoignage. Et plus que les synoptiques, l’auteur de l’évangile insiste sur l’incomparable humilité du Précurseur. Non seulement Jean le Baptiste a refusé le titre de Messie, mais il s’est réjoui de n’être que l’ami de l’Époux, et il a envoyé ses propres disciples vers celui en qui il avait pressenti l’Envoyé de Dieu. C’est dans un dialogue serré que l’Évangéliste dévoile peu-à-peu, aux yeux et à l’intelligence de ses disciples de l’époque, mais à nous aussi aujourd’hui, les traits du Baptiste. Nous retrouverons d’ailleurs ce type de dialogue de révélation tout au long du 4ème évangile, en particulier dans les grands récits qui jalonnent le texte. (Pensons à la rencontre avec la femme de Samarie, à la guérison de l’aveugle-né ou au récit de la résurrection de Lazare.) Puisqu’il s’agit d’une enquête quasi policière, le dialogue commence par une question concernant l’identité du personnage : « Qui es-tu ? », question qui sera répétée pour essayer de cerner son identité profonde et essayer de déterminer s’il a un rapport avec le Messie attendu selon différentes modalités suivant les écoles juives. Ainsi sont révélées les préoccupations des enquêteurs mandatés par les autorités de Jérusalem et les attentes par rapport à la venue d’un envoyé de la part de Dieu, Messie (en hébreu), Christ (en grec) ou Prophète, pour libérer le peuple de ses oppresseurs politiques. Ainsi sont mises au jour également certaines caractéristiques du drame qui se nouera ultérieurement, quand les pharisiens ou les autorités juives au sens large du terme s’interrogeront sur les activités et les signes accomplis par Jésus au cours de son ministère et au gré de ses rencontres. La fin de l’enquête porte sur le baptême célébré par Jean, situé à un endroit sur les rives du Jourdain redécouvert il y a une vingtaine d’années. Les pharisiens lui en font le reproche, puisque dans leur théologie ce rite n’appartient qu’à l’envoyé de Dieu quel que soit son titre. Mais Jean ne se laisse pas démonter : son baptême, tout exigeant qu’il soit, n’est encore qu’un rite précurseur de ce que sera la baptême dans l’Esprit dont St Marc parlait la semaine dernière et, surtout, Jean appelle à aiguiser son attention pour accueillir un mystérieux personnage, « celui que vous ne connaissez pas. » Celui-ci est caractérisé par un paradoxe, il est désigné par une formule qui pourrait faire penser à une relation de disciple à maître : « il vient derrière moi » (dans l’araméen de l’époque, « venir derrière « signifie « être disciple ») mais en même temps Jean se déclare indigne de dénouer les courroies de ses sandales, tellement grande ressent-il la distance entre eux ! Un peu plus loin dans l’évangile, au chapitre trois, nous retrouverons cette question du baptême encore célébré par Jean, mais peu-à-peu supplanté par le baptême célébré par Jésus. Il y a là évidemment des allusions discrètes à la coexistence, qui était parfois une rivalité, à l’époque de la rédaction de l’évangile de Jean, entre les disciples de Jésus et ceux qui restaient fidèles à Jean-Baptiste, ceux que l’on appellera ultérieurement les « judéo-chrétiens ».) Et la conclusion mise par l’évangéliste dans la bouche du Baptiste est sans appel : »Il faut que lui grandisse et que moi je diminue. »

Tout cela resterait incompréhensible et ne dépasserait pas le niveau des chamailleries humaines, celui des personnes en quête de reconnaissance sociale, si à la suite d’Isaïe nous ne comprenions pas que l’acteur essentiel dans cette présentation, c’est l’Esprit Saint. C’est l’Esprit de Dieu qui peut désigner et consacrer le Messie : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. » C’est là la définition exacte du Messie ou du Christ, « celui a reçu l’onction », onction matérielle avec l’huile, lors de l’onction des rois davidiques, avec le Saint Chrême, comme dans les sacrements du baptême et de la confirmation, mais qui est le signe d’une onction spirituelle : l’Esprit vient habiter en nous, ce qui nous confère une mission : le Messie (celui qui a été oint) ne se repose pas sur ses lauriers, il doit mettre son énergie spirituelle au service de l’annonce de la Bonne Nouvelle : »Il m’a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux humbles (...) proclamer une année de bienfaits annoncée par le Seigneur. » Nous ne pouvons pas être insensibles à cette annonce alors que nous sommes entrés dans une nouvelle année liturgique. Comment chacun d’entre nous va-t-il se décider à prendre sa part de l’évangélisation qui est la mission de tous ? Prenons exemple sur le Messie d’Isaïe qui laisse éclater sa joie d’avoir été ainsi choisi et qui l’exprime avec des images hautes en couleur : »Il m’a couvert du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses bijoux. » On comprend que le chant de méditation après cette lecture soit le cantique de la Vierge Marie, le Magnificat, qui exprime précisément la reconnaissance de l’action de Dieu dans notre faiblesse. Dans l’un et l’autre cas, l’action de grâce conduit à l’engagement : il ne s’agit pas de rester sans rien faire, il est indispensable de trouver le domaine où nous pourrons le mieux utiliser nos capacités, nos talents au service du Seigneur et de nos frères. Des semences de vie sont jetées en nous par le Seigneur, il faut les laisser éclore et s’épanouir.

Il est caractéristique que ce climat de joie soit aussi celui de la lettre aux Thessaloniciens ; St Paul l’exprime de trois manières : »Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance. » Il ne s’agit pas là d’autosuggestion ou de volontarisme qui risqueraient au bout du compte de nous décourager. La joie dont il est question est un des fruits de l’Esprit, elle n’est pas seulement la conséquence de notre décision ; la prière sans relâche, nous en percevons la nécessité plus nous avançons dans la connaissance du Seigneur, c’est le moyen d’une réelle sanctification ; l’action de grâce en toute circonstance nous décentre de nous mêmes. Ce sont les caractéristiques de l’existence chrétienne qui sont aussi ses exigences, elles s‘imposent à chacun d’entre nous, mais aussi à chacune des communautés que nous formons, depuis nos petites communautés fraternelles de foi jusqu’à notre paroisse et à l’Église tout entière. Et ces caractéristiques sont tendues vers la venue du Seigneur ; nous fêterons cette venue à Noël, bien sûr, mais aussi, au-delà de cette étape importante, nous attendrons le jour béni où il sera tout en tous.   AMEN !

 

                                                                                              Pierre Chollet