Père Chollet le 16 octobre 2016

DIMANCHE 16 OCTOBRE 2016     MESSES DE 9 h. et 11 h.

 

Une fois de plus, les textes bibliques de cette liturgie dominicale ne coïncident pas exactement avec l’idée que nous nous faisons de la Parole de Dieu.

La première lecture pourrait nous conforter dans l’idée assez répandue que le Premier Testament est un texte violent, se complaisant dans des récits de guerre et de massacre, bien éloigné de la douceur que nous prêtons à l’Évangile.

Ce texte du livre de l’Exode nous renvoie à la longue marche éprouvante, pleine d’embûches d’origine naturelle ou humaine que le peuple d’Israël a dû affronter durant quarante ans avant d’entrer dans la terre de la promesse. En fait, dans la composition du livre et dans la suite de la Bible, les Amalécites, qui sont une tribu du Néguev, représentent l’archétype de ces obstacles humains qu’il faut apprendre à dominer.

Et justement la bataille décrite ici ne met pas seulement en scène deux armées rivales : l’échec ou le succès tiennent à un autre élément qui pour nous aujourd’hui relèverait d’une forme de magie : »Quand Moïse tenait les mains levées, Israël était le plus fort ; quand il les laissait retomber, Amalec était le plus fort. » Mais évidemment, dans la réalité il serait trop facile de remporter une victoire ainsi ! Cependant Le triomphe de Josué et la déroute des ennemis sont présentés comme la conséquence de ce maintien et de cette fermeté, et c’est cet élément qui retiendra l’attention des commentateurs chrétiens ultérieurs. Origène, le grand Alexandrin du IIIème siècle, bien loin d’en rester à une lecture littéraliste, voyait déjà dans le geste de Moïse l’image de la prière inlassable, soutenue par la présence de toute la communauté.

Sommes-nous prêts, sans trahir le sens premier du texte, bien sûr, mais sans non plus à en rester à une lecture purement littérale, à entrer dans ce type d’interprétation pour nous inciter à la persévérance dans les difficultés ? Ce n’est pas forcément facile, mais pourquoi ne pas essayer ?

 

L’évangile du jour ne semble pas plus facile : certes, il commence très bien et nous ne pouvons qu’être d’accord quand Jésus nous propose une parabole sur la nécessité de toujours prier sans nous décourager. Nous savons par ailleurs que la prière sous toutes ses formes tient une grande place dans l’évangile de Luc et que les disciples n’ont pas hésité à demander au Maître de leur apprendre à prier (St Luc, ch. 11), alors que nous sommes si souvent découragés, peut-être démotivés devant la prière ; nous nous interrogeons sur son efficacité ou au moins son utilité, puisque Dieu connaît nos besoins de toute éternité ...

Et Jésus ne trouve rien de mieux que prendre à nouveau comme point de comparaison un personnage sinon peu recommandable, à l’instar de l’intendant infidèle, du moins pas très sympathique, un »juge qui ne craint pas Dieu et ne respecte pas les hommes. » Quel exemple !

Une fois de plus, il s’agit d’un raisonnement auquel nous ne sommes plus habitués, mais courant à l’époque de Jésus, un raisonnement par l’absurde. Au lieu de s’en tenir au principe « Qui peut le plus peut le moins », le judaïsme part volontiers du moins pour mettre en valeur la toute-puissance de Dieu.

Il faut donc faire attention à la pointe de la parabole. Il est bien question dans la bouche de Jésus de prier constamment et de ne pas se décourager, ce qui entraine la certitude d’être toujours exaucé ; voilà le fondement de la persévérance, voilà pourquoi il ne faut pas se décourager.

Si un juge inique a bien fini par exaucer la prière de la veuve, une simple justiciable, a fortiori Dieu qui est Père exaucera ses enfants qui l’implorent. La révélation de la paternité de Dieu est pour nous la garantie indépassable de cette certitude.

Evidemment, il ne s’agit pas d‘une assurance à bon compte, comme nous invite à y réfléchir la question déroutante de Jésus : « Le Fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Cette question pose un problème fondamental : quand le Christ reviendra, à la fin des temps pour porter toutes choses à leur accomplissement, c’est-à-dire exercer le véritable jugement, la bienveillance du Père aura-t-elle toujours trouvé un écho parmi les hommes ? Le croyant aura-t-il été toujours conscient de la mission qui lui a été confiée par le Christ à son départ ‘Allez, enseignez toutes les nations... » mission qui prend un relief particulier en ce début de la semaine missionnaire mondiale et du cinquantenaire de notre diocèse.

Cette attitude de foi ne peut se fonder que sur l’Ecriture, rappelle St Paul à Timothée ; la Sainte Ecriture n’et pas seulement un texte desséché, elle a le pouvoir de nous communiquer le Seigneur.

Prenons-nous vraiment les moyens de nous en imprégner pour la proclamer, non pas dans un esprit de supériorité qui serait mal venu, mais avec amour et humilité « pour faire toute sorte de bien » ?

 

 

                                                                                  Pierre Chollet