Père Chollet le 16 avril 2017

16 avril 2017. Pâques. St Pierre, messe de 11 h.

 

            Après avoir vécu intensément la vigile pascale avec le déploiement de ses rites, les grandes lectures, le renouvellement de nos promesses baptismales, après avoir vécu, avec les catéchumènes, les sacrements de l’initiation – baptême, confirmation et eucharistie – après avoir participé ce matin sur le parvis de la Défense, avec plusieurs milliers de chrétiens de toutes confessions à la proclamation de la résurrection de Jésus, devenu Christ pour le salut de chacun des hommes, notre bouche ne peut que laisser éclater ce qui remplit de joie notre cœur : « Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! » Et voici l’une de intentions que nous avons portées tous ensemble ce matin : »En ce matin de Pâques, nous annonçons la résurrection de Jésus et notre résurrection à sa suite dans l’action de grâces pour notre baptême par lequel nous avons part à la vie de l’Esprit. Que nous puissions hâter le temps où nous pourrons célébrer la même eucharistie. Seigneur, nous te recommandons tous ceux qu’un même baptême constitue comme le corps de ton Fils. Que les pasteurs, les théologiens et le peuple de Dieu cherchent, par l’encouragement, la recherche théologique et le dialogue de charité à faire advenir l’unité visible autour de la même eucharistie célébrée. Nous te rendons grâce pour tous les chrétiens martyrisés, sans considération de leurs différences, mais en raison de leur seul attachement à ton Fils Jésus. »

            Saint Pierre, en reprenant avec délectation les principaux événements de la vie du Sauveur, nous invite lui aussi à l’émerveillement et à la louange ; laissons-nous emmener avec Jésus sur les routes de Galilée et dans le pays des Juifs, accueillons le témoignage des apôtres, mettons-nous à l’école des prophètes. Il ne s’agit pas d’abord d’une belle histoire du passé, mais de notre vie quotidienne : quiconque croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés.

            En effet, Saint Pierre dans son discours à Césarée chez le centurion emploie une formulation qui ne souffre pas l’hésitation : « Vous savez ce qui s’est passé ... » Est-ce que nous sommes sûrs de « savoir » ? Avons-nous pris la peine de nous informer sur ce qui concerne Jésus ? En d’autres termes, quelle est notre connaissance profonde des textes bibliques qui sont le fondement de notre foi, prenons-nous le moyens de l’approfondir sans relâche, quelles que soient parfois les difficultés ?

            Bien sûr, on pourrait objecter que Saint Pierre et les autres apôtres avaient une connaissance personnelle irremplaçable de Jésus et qu’il leur était plus aisé de faire le lien entre Jésus de Nazareth et le Ressuscité. Pour devenir intimes de Jésus, nous, aujourd’hui, nous devons passer par le témoignage des Évangiles.

            Le temps de Pâques est tout-à-fait favorable à ces découvertes ou redécouvertes. Apprenons à nous émerveiller devant le tombeau vide avec Marie-Madeleine, Pierre et le disciple que Jésus aimait. C’est le point de départ obligé du paradoxe que constitue la foi pascale. Comme le dit le gouverneur romain Festus lors de la comparution de Paul devant Agrippa et Bérénice, à Jérusalem, « Il s’agit d’un certain Jésus qui est mort mais que Paul prétend toujours en vie. »

            Oui , il y a bien eu un mort dans ce tombeau mis à disposition par Joseph d’Arimathie, il y a été déposé après la descente de croix et il y a été enveloppé dans un linceul et un suaire. Mais au matin de Pâques seuls les linges funéraires attestent de cette présence. Le corps du défunt n’est plus là. Et, de la connaissance que j’évoquais plus haut, il faut maintenant passer au registre de la foi. A propos de « l’autre disciple », entré en second dans le tombeau derrière Pierre, l’évangéliste nous dit : »Il vit et il crut. Jusque là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon les Écritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. »

            Nous savons quels rapports complexes entretiennent chez Jean la vue et la foi. A propos de Thomas, Jésus proposera une béatitude « Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu. » Et, lors de la guérison de l’aveugle-né, il avait bien prévenu : »Je suis venu en ce monde pour (...) que ceux qui ne voient pas puissent voir et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

            Ici, dans le tombeau vide, il s’agit d’un regard de foi. Ce regard fait le lien entre la situation présente et ce qui avait été annoncé par les Écritures.

Ce regard est unifiant. IL révèle l’unité du dessein de Dieu au travers des siècles tel que la Bible le rapporte, et c’est qui est souligné par Pierre dans son discours à Césarée : « C’est à Jésus que tous les prophètes rendent témoignage. » Dans sa grande catéchèse sur le chemin d’Emmaüs, Jésus lui-même procédera de façon analogue : »Partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. »

            Bien sûr, ce message inouï de résurrection, c’est-à-dire de vie plus forte que la mort n’est pas forcément facile à accueillir. Nous voyons la mort à l’œuvre en nous, que ce soit l’influence du péché sur nos pensées et nos actions ou les dégradations de la maladie, nous la voyons à l’ œuvre autour de nous, quand nous apprenons les massacres qui atteignent les hommes, les femmes et les enfants dans différentes parties du monde et c’est particulièrement douloureux lorsque ce sont nos frères chrétiens qui sont les victimes, comme récemment en Égypte.

            Ce sont bien des épreuves pour la foi, mais justement il nous est demandé de ne pas nous arrêter à une vue superficielle des choses et des êtres, mais de laisser s’ouvrir les yeux de notre foi. IL nous est demandé non pas d’être crédules, mais croyants, c’est-à-dire d’avoir en Dieu une confiance absolue : »Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre », écrit St Paul aux chrétiens de la petite communauté de Colosses.

            C’est un travail que nous devons accomplir sur nous-mêmes, ou plutôt prier l’Esprit-Saint d’accomplir en nous. La vraie conversion durera toute notre vie !

            Autrement dit, il s’agit maintenant de vivre en ressuscités, en accueillant et en vivant la joie de Pâques. Durant la cinquantaine de Pâques, jusqu’à la Pentecôte, la Préface de la prière eucharistique nous fera proclamer « C’est pourquoi le peuple des baptisés, rayonnant de la joie pascale, exulte par toute la terre. » Est-ce que ces mots resteront lettre morte, une formule pieuse mais vide, ou bien saurons-nous leur donner un contenu qui débordera sur nos parents, nos voisins et amis ? C’est tout l’enjeu de notre accueil du mystère pascal !

                                                                                                          Pierre Chollet