Père Chollet le 15 janvier 2017

15 janvier 2017. St Pierre Messe de 10 h. 30 Homélie.

 

            « Tu es mon serviteur...en toi je manifesterai ma splendeur », avons-nous entendu au début de la première lecture. Quelle belle entrée en matière pour ce retour au temps ordinaire de la vie de l’ Église !

            De manière très cohérente, la liturgie d’aujourd’hui nous propose trois récits de vocation, qui bien sûr nous renvoient à notre propre existence et à notre propre expérience, à nos propres engagements.

            Être appelé, nous fait comprendre le livre du prophète Isaïe, c’est être mis par le Seigneur dans la condition de serviteur. Mais attention à ce mot ! Contrairement à ce que nous ressentons peut-être, ce mot n’implique pas de servitude ou d’assujettissement à la volonté d’un autre, fût-il le Dieu tout-puissant, mais il nous conduit au service au plein sens du terme. Quel est ce sens ? Dans le texte d’Isaïe, la personnalité exacte du Serviteur n’est pas définie : est-il une collectivité, celle d’Israël revenant d’exil ; est il une personnalité individuelle spécialement choisie, est-il le petit reste annoncé par les Prophètes ...Sans doute un peu de tout cela à la fois. Selon la conception biblique des rapports entre Dieu et l’homme, le serviteur, qu’il soit une collectivité ou un individu est de toutes façons son « lieutenant » et les façons de traduire cette lieutenance sont multiples. Qu’on en juge : «En toi je manifesterai ma splendeur... je fais de toi la lumière des nations...Oui j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur. » Prenons le temps en ce début d’année de méditer et ruminer ces expressions, dans notre prière personnelle, mais aussi en famille, dans nos petites communautés fraternelles de foi, dans les différents groupes chrétiens dont nous sommes membres et au sein desquels nous agissons pour l’évangélisation de notre monde, à commencer par notre proche environnement familial, professionnel ou social.

            Le serviteur reçoit la mission de communiquer la lumière de Dieu lui-même, bien plus c’est lui qui devient lumière pour que le salut soit transmis et annoncé jusqu’ aux extrémités de la terre. Quelle confiance de la part du Seigneur et par conséquent quelle responsabilité nous incombe !

            C’est certainement la conscience de cette responsabilité, fruit de la grâce du Seigneur, qui amène St Paul à se présenter et à présenter son ministère comme il le fait dans les versets initiaux de la Première Lettre au x Corinthiens. C’est un petit bijou dont chaque terme mérite d’être examiné et admiré.

            Paul est appelé, c’est donc encore le thème de la vocation, de l’élection, qui court à travers toute l’Ecriture, qui lui sert à exprimer son rapport de service avec Dieu. L’appel l’a constitué apôtre, c’est-à-dire envoyé en mission, et apôtre de Jésus-Christ, c’est-à-dire serviteur du Nazaréen reconnu et adoré comme le Messie et le Sauveur. Dans ce texte, Paul ne rappelle pas les circonstances de cet appel, mais il suffit de se reporter à l’épître aux Galates ou aux récits des Actes des Apôtres pour se rappeler les événements qui se sont déroulés sur la route de Damas et la rencontre bouleversante du jeune Saul avec le Christ persécuté. Pour Paul, l’appel est une circonstance décisive dans sa vie d’homme et de croyant.

            Évidemment, nous n’avons sans doute pas vécu une expérience aussi intense et foudroyante, mais nous pouvons essayer de nous remémorer comment nous avons pris la décision de vraiment appartenir au Christ et de le suivre autant que possible ! L’appel, en effet, a pour but le chemin de la sainteté sur lequel nous sommes accompagnés par le Christ en compagnie de tous ceux qui invoquent son nom. L’appel à la sainteté n’est pas qu’une affaire individuelle, il nous fait entrer dans une communauté, celle de l’Église universelle qui se réalise concrètement là où il y a des croyants qui se rassemblent pour accueillir « la grâce et la paix de la part de Dieu notre père et du Seigneur Jésus-Christ. » Grâce et paix sont tous les bienfaits divins ; il s’agit d’être agréable à Dieu et de recevoir la paix, c’est-à-dire au sens hébreu du terme l’épanouissement de notre vie par l’union avec celle du Christ, qui est née en nous par le baptême.

            L’évangile est également le récit d’une vocation, non pas racontée par l’intéressé, mais exposée par un témoin privilégié. L’approche de Jésus suscite la proclamation du Baptiste : »Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » Cette exclamation porte en elle une richesse théologique et spirituelle extraordinaire. La mention de l’Agneau renvoie à l’Agneau pascal et aux différents rites qui l’entourent lors de la célébration de la Pâque juive ; elle évoque aussi en nous l’un des fameux chants du Serviteur souffrant que nous entendons le vendredi saint : « Comme un agneau conduit à la boucherie... » Elle est une étape essentielle entre la mention de l’homme Jésus, au début du texte et sa reconnaissance comme Fils de Dieu dans la finale. Toute la mission de salut accomplie par Jésus figure ici en germe.

            Mais il y a mieux encore : Jésus, en fait, ne vient pas seulement de Nazareth, il vient d’ailleurs ; de plus, il vient d’avant le Baptiste, même s’il succède à celui-ci sur les bords du Jourdain. Jésus était de toute éternité. Dans ce texte qui évoque les premiers versets de la Genèse, Jésus est en fait présenté comme participant à l’acte de la Création ; il reprend et achève cet acte en enlevant du monde, et de chacun d’entre nous, le péché qui en entravait l’épanouissement. En acceptant d’être serviteur, Jésus recrée l’univers sur ses fondations divines.

            Israël avait été choisi parmi tous les peuples pour le salut de tous les peuples ; Paul a été appelé à annoncer la bonne nouvelle de la grâce et de la paix ; cette union de l’élection et de la mission universelles se vérifie au plus haut point en Jésus, l’Agneau de Dieu revêtu de l’Esprit Saint.     AMEN !

 

                                                                                                          Pierre Chollet