Père Chollet le 14 mai 2017

13-14 mai 2017. 18 h. St Jacques, 11 h. St Pierre.

 

Alors que nous sommes dans le temps de Pâques, peut-être sommes-nous étonnés que la liturgie aujourd’hui nous propose une page d’évangile qui se rapporte à la veille de la Passion, dans le contexte du dernier repas de Jésus, tel que le rapporte St Jean. C’est une bonne occasion de nous rappeler que les évangiles ne sont jamais des reportages sur le vif, mais que, même s’ils peuvent s’appuyer sur des documents anciens, témoignage des événements qui se sont déroulés en temps et lieu, ils ont tous été rédigés bien après les événements et bénéficient tous de la lumière de Pâques. C’est la résurrection qui donne leur sens plein aux différents épisodes de la vie de Jésus, y compris ceux qui concernent sa vie publique, et c’est dans cette lumière de foi qu’ils doivent être lus.

Ces discours de Jésus « autour de la Cène », tels que les rapporte St Jean sont destinés à la fois à permettre de traverser l’épreuve de la passion et de la mort et à vivre dans l’esprit de la résurrection. A toute époque de sa vie, le chrétien même le plus assuré de sa foi risque en effet de voir son cœur bouleversé par tel ou tel événement inattendu, un péché particulièrement grave, un obstacle qui peut paraître infranchissable... Jésus rappelle paisiblement, mais fortement que c’est la foi qui doit être l’épine dorsale de notre existence : foi en Dieu le Père, foi en Jésus venu nous partager l’amour du Père. Parce que les Apôtres s’émeuvent de ce départ imminent de Jésus, celui-ci veut leur faire comprendre que leur place dans le Royaume n’est pas compromise ; ils n’ont pas de raison de douter :Il y a assez de place dans la maison du Père ! Chacun sera accueilli tel qu’il est, sans réserve.

Nous rejoignons là un des grands thèmes de l’évangile selon St Jean : comment demeurer auprès de Jésus ? la solution, c’est de se laisser emmener par lui, de s’abandonner à lui : « Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai (...) afin que là où je suis, vous soyez aussi. » Mais cette affirmation de Jésus ne calme pas toutes les appréhensions, telles qu’elle sont exprimées par Thomas, l’apôtre toujours prêt à exprimer tout haut ce que les autres pensent tout bas : « Nous ne savons pas où tu vas ! » Dans la pensée de St Jean, pour comprendre où va le Christ, il ne faut pas s’illusionner ou penser avoir tout compris sans effort il faut apprendre à le connaître toujours davantage et par conséquent accepter d’abord de reconnaître son ignorance, son insuffisance, son égocentrisme. Prendre le Christ comme chemin, c’est accepter de se décentrer de soi-même.

Par ailleurs, demeurer auprès du Christ ne signifie pas rester sans bouger, dans une sorte de communion statique. Lui-même nous avertit, j’y faisais allusion il y a un instant, en disant « Je suis le Chemin » ; être en communion avec lui, c’est marcher avec lui sur le chemin qu’il a lui-même emprunté, le chemin de la rencontre, le chemin du don, le chemin de l’audace qui fait sortir des sentiers battus ; ce n’est pas le chemin de l’habitude et du train-train ! C’est à cette seule condition que nous pourrons le recevoir comme étant la Vérité et la Vie. Bien sûr, cette vérité et cette vie nous sont données dès le départ, mais il faut apprendre à les accueillir en profondeur et à les laisser renouveler et convertir notre existence quotidienne. Nos yeux ont besoin d’apprendre à s’ouvrir : »Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! » Comme toujours, St Jean veut nous aider à passer d’un simple regard extérieur, charnel, à un regard dans la foi qui ouvre d’autres horizons, ceux de la vraie connaissance de Dieu grâce à Jésus qui révèle les œuvres du Père et sa relation unique avec lui.

Au fond, c’est bien ce qui nous est révélé aussi aujourd’hui par le récit des Actes des Apôtres. A partir d’une situation sommes toute banale, une incompréhension et des récriminations entre deux groupes de disciples, qui menacent l’unité de l’Église, c’est une avancée qui permet de débloquer la situation. Plutôt que d’en rester à un statu quo qui serait mortifère, les Apôtres prennent une initiative qui n’est pas uniquement diplomatique ou de simple bon sens (remettre la solution du problème aux mains de ceux qui sont concernés), mais qui fera intervenir l’Esprit Saint. C’est ainsi que sont choisis et institués ceux en qui on reconnaîtra ultérieurement les premiers diacres, même si paradoxalement le verbe servir –diakonein, dans le texte original- est mis en relation uniquement avec les Douze qui veulent se décharger du service des tables et se consacrer à la prédication de la Bonne Nouvelle de la résurrection ainsi qu’à la prière. On sait d’ailleurs qu’au-delà d’un simple service matériel, les « Sept » nouvellement institués n’hésiteront pas eux non plus à assumer très rapidement une part de la prédication (voir l’exemple d’Étienne), et même à assurer une fonction de préparation et de célébration du sacrement du baptême (voir l’histoire de Philippe et de l’eunuque éthiopien.)

Saint Pierre, dans sa lettre, ne nous invite-t-il pas lui aussi à demeurer dans le Christ quand il emploie sa célèbre et forte image des pierres vivantes que nous sommes appelés à devenir ? Il y a tout d’abord la pierre angulaire, c’est-à-dire la pierre de fondation à partir de laquelle s’édifie la demeure spirituelle. Pour certains, nous avertit l’apôtre, cette pierre peut être une occasion de chute, s’ils ne perçoivent pas sa puissance vivifiante. Mais ceux qui reconnaissent la Seigneurie de Jésus ressuscité sont invités à se joindre à lui, à s’appuyer sur lui pour la construction de la demeure spirituelle. A côté de cette métaphore empruntée au monde des bâtisseurs, Pierre multiplie les images « Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut. » Autant de manières de désigner l’Église que chacun de nous est appelé à faire grandir et de caractériser la vocation de disciples-missionnaires qui est la nôtre, avec une mission essentielle « annoncer les merveilles de celui qui [nous] a appelés des ténèbres à son admlrable lumière.»

Aujourd’hui, cette lumière brille tout particulièrement pour Alice, Victor et Marie qui vont communier pour la première fois au cours de cette messe. Cette lumière brille pour leurs familles qui les entourent et tous ceux qui les ont aidés à se préparer. Puisse chacun veiller à ce qu’elle ne s’assombrisse jamais !

En ce mois de mai, mois de Marie, au lendemain du centenaire des apparitions de Notre Dame à Fatima, demandons à la mère bien-aimée de Jésus de nous laisser envahir par l’Esprit Saint pour que par nous grandisse la communauté des disciples et que chacun réponde à sa vocation humaine et chrétienne.                                                                         AMEN!

 

                                                                                              Pierre Chollet