Père Chollet le 12 février 2017

12 février 2017. St Pierre, messes de 9 h. et 18 h. 30.

 

            « La Loi », les « Commandements », se sont des réalités qui reviennent constamment dans la Bible hébraïque.

            Nous avons tous en mémoire les épisodes grandioses qui, selon le livre de l’Exode, se déroulent au Sinaï et qui mettent en scène MoÏse recevant les tables de la Loi avec les « Dix Paroles » gravées par le doigt de Dieu lui-même. Ces commandements ont d’abord pour fonction de permettre une vie de relations interpersonnelles et sociales dont la violence n’est pas le fondement, la liberté de chacun s’arrêtant là où commence celle d’autrui. On les retrouve dans de multiples sociétés, on peut penser par exemple au célèbre code d’Hammourabi.

            Mais les commandements ne concernent pas seulement les relations des êtres humains entre eux. Ils permettent également à l’homme de se situer en vérité devant Dieu.

            D’après le livre de Ben Sirac (rappelons que ce livre deutérocanonique a vraisemblablement été écrit vers le début du 2ème siècle avant le Christ, c’est-à-dire 180 années avant l’époque de Jésus), ces commandements sont une épreuve proposée à la liberté de l’homme : »Si tu le veux, tu peux observer les commandements » Ben Sirac se fait une très haute idée de la nature humaine, de la capacité de sa volonté, de même qu’il est convaincu du désir de Dieu de voir l’homme choisir la vie.

            Car la Loi met en effet l’homme devant un choix fondamental, vital, traduit par deux expressions : »Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu », et plus pressant encore, « La vie et la mort sont proposées aux hommes. » Et Ben Sirac veut nous faire comprendre que si ces choix sont proposés à la liberté de l’homme, le souhait de Dieu est en fait qu’il choisisse la vie, c’est-à-dire qu’il s’efforce de n’être ni impie ni pécheur, en s’appuyant sur les dons du Seigneur. C’est l’éternelle question de la mystérieuse alchimie entre la liberté de l’homme, ses conditionnements et l’influence de la grâce divine.

            Dans le Sermon sur la Montagne, Jésus se situe un peu différemment. Remarquons d’abord qu’il ne situe pas seulement par la rapport à la Loi, mais à la Loi et les Prophètes. Nous savons que cette expression, à l’époque, désigne en fait l’ensemble des livres bibliques (Voir en St Luc, 24, 27 où l’expression « Moïse et les prophètes » recouvre l’ensemble des Écritures.)

            Il est bien évident que Jésus ne veut pas abolir la Bible ! Il l’a reçue de ses parents, de son éducation à Nazareth, et il la cite fréquemment pour montrer qu’elle concerne sa mission.

            Non seulement, il ne veut pas l’abolir, mais il veut l’accomplir, autrement dit en tirer toutes les conséquences. Mais comment accomplir la Loi dans l’esprit de Jésus ? Il nous met en garde : »Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. » Il ya donc une manière de recevoir et d’accomplir les commandements qui ne correspond pas à l’esprit de Jésus. Le texte d’aujourd’hui est d’ailleurs rythmé par un refrain, repris quatre fois qui nous permet de comprendre ce que Jésus veut dire : »Il a été dit aux anciens...eh bien, moi je vous dis ! » C’est une parole d’autorité que Jésus entend prononcer.

            Et si nous regardons le texte de près, nous voyons que dans la bouche de Jésus, il ne s’agit pas d’accommodements ou de faux-fuyants, comme Jésus le reprochera souvent aux Pharisiens. Jésus accueille les commandements fondamentaux comme des interpellations de la part de Dieu et en déploie toutes les exigences pour la vie quotidienne. La loi de Dieu reste un acquis dont les exigences se sont accrues lorsque Jésus manifeste en sa personne la volonté divine de salut pour tous les hommes, volonté de salut que le croyant est appelé à partager, ce qui n’est pas une tâche facile et exige un réel renoncement à sa volonté propre.

On peut dire que Jésus manifeste un extrême souci de la qualité des relations des êtres humains entre eux : les hommes sont frères et cela implique de leur part de réelles responsabilités mutuelles. Ce n’est pas l’individualisme ou l’égoïsme qui doivent guider nos vies mais le sens d’une fraternité dont on sait qu’elle a sa source dans la reconnaissance de la paternité de Dieu : la prière du Notre Père sera d’ailleurs enseignée par Jésus au cœur de ces trois chapitres.

On peut dire aussi que Jésus est porté par le souci de la vérité qu’il veut faire partager à ses disciples, vérité qui n’est pas une idée abstraite, mais une conduite concrète ; dans ces quelques versets, on croit entendre comme un écho anticipé de ce que le Christ proclamera dans St Jean : « La vérité vous rendra libres. » A chacun bien sûr de s’interroger, non pas pour se désoler ou se culpabiliser, mais en se confiant à la grâce aimante du Seigneur, en prenant le temps de méditer sa parole et d’y confronter son existence. (C’est tout le sens du sacrement de la réconciliation.)

Au fond c’est que St Paul propose aux Corinthiens quand il leur annonce la « Sagesse du mystère de Dieu. » La Vérité que propose le Christ, la Sagesse de Dieu, restées longtemps accessibles en partie seulement (Il a été dit aux anciens...), sont maintenant pleinement révélées et à notre portée : ce que l’œil n’avait pas vu ou l’oreille pas entendu est maintenant proclamé de manière claire sous tous les cieux. C’est la mission de l’Église, donc de chacun des baptisés : chacun, éclairé par l’Esprit, est invité à se mettre aux pieds du Seigneur pour se laisser enseigner et devenir porteur et témoin de la parole de vie. Alors nous ne serons plus simplement des exécutants qui mettent en œuvre scrupuleusement des commandements, mais nous serons porteurs de l’esprit des Béatitudes pour notre bonheur et celui du monde entier.                                                                                                       Pierre Chollet