Père Chollet le 11 juin 2017

10 juin 2017. St Jacques, 18 h. Sainte Trinité.

 

            « Avec ton Fils unique et le Saint Esprit, tu es un seul Dieu, tu es un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l’unité de leur nature. « Voilà ce que nous proclamerons tout-à-l’heure dans la Préface de la Prière eucharistique. Il s’agit de s’émerveiller devant le mystère de Dieu, d’essayer de comprendre quelle est sa véritable nature. En latin, le mot Trinitas, qu’on ne rencontre pas dans la Bible, a été forgé par les premiers auteurs chrétiens qui ne trouvaient pas dans leur langue de terme adéquat pour essayer de rendre compte de la réalité divine, en particulier pour apporter des précisions contre les erreurs de ceux qui ne reconnaissaient pas la divinité du Fils ou celle de l’Esprit. Et cependant, pour bien en comprendre toute la portée, et ne pas en rester à un niveau purement intellectuel, il importe de se laisser guider par l’Écriture Sainte, en particulier les textes proposés aujourd’hui.

            On pourrait d’ailleurs définir la Bible comme le recueil des témoignages concernant la recherche de Dieu et de la réalité de sa personne. Et nous savons combien cela a été difficile, combien de temps il a fallu au peuple de la Révélation pour se défaire des représentations communes de la divinité, celles que proposaient les mythologies égyptienne, babylonienne ou cananéenne : Dieu représenté comme une sorte de surhomme, mais dont la toute-puissance supposée n’abolit pas des traits bien humains : la jalousie, le désir de jouissance, la violence sur lesquels l’homme se croit autorisé à fonder sa conduite... Dieu a certes créé l’homme, mais ajoute-t-on par plaisanterie, l’homme le lui a bien rendu, en projetant sur lui toutes ses caractéristiques, des meilleures aux moins recommandables.

            Revenons donc aux textes de la liturgie de ce dimanche. La 2ème lettre aux Corinthiens nous propose dans sa conclusion la formulation trinitaire la plus élaborée de tout le Nouveau Testament « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous. » L’évangile lu le jour de l’Ascension nous proposait la deuxième formule clairement trinitaire du Nouveau Testament, invitant au baptême « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. » On mesure là l’influence des formules liturgiques sur l’approfondissement du contenu de la foi. La formulation de la 2ème aux Corinthiens, probablement elle aussi d’origine liturgique a été introduite il y a cinquante ans dans la  liturgie restaurée de la messe, avec de minimes modifications, pour nous plonger dès le début de la messe dans une perspective trinitaire dont les composantes œcuméniques, en particulier le rapprochement avec l’Orient chrétien, ne sont pas négligeables.

Il faudrait évidemment détailler longuement chacun des trois termes « grâce, amour et communion » mis chacun en relation avec l’une des personnes divines ; qu’il nous suffise de souligner que nous sommes dans l’ordre de la gratuité, du don, de la vie reçue et partagée. La grâce évoque tout ce que le Christ a fait pour notre salut, le don de sa vie sur la Croix et dans l’Eucharistie ; l’amour, c’est le nom propre de Dieu : Dieu est amour ; la communion, c’est l’œuvre du Saint Esprit ; lui qui est le lien entre le Père et le Fils opère cette union dans le cœur des hommes pour les délivrer de leur égoïsme et leur rappeler leur filiation divine..

            Il a donc fallu du chemin à l’homme pour entrer dans ces perspectives nouvelles, et bien des étapes ont dues être franchies. Le livre de l’Exode nous en fournit un exemple. Après l’épisode du veau d’or, où le peuple se croyant abandonné par Moïse retombe dans une forme d’idolâtrie, et après que Moïse a détruit les premières tables de la Loi, Dieu accepte de renouer l’Alliance avec le peuple rebelle et en profite pour proclamer son nom : »Le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » A une époque où Dieu est avant tout conçu comme un souverain, un juge qui peut être implacable , en tout cas sans commune mesure avec la créature, les termes employés par l’auteur de l’Exode nous orientent vers une nouvelle perception de Dieu. Dieu est désireux d’entrer en relation ! Dieu est désireux de propose son alliance à l’homme ! Le monothéisme commence à abandonner sa raideur et son intransigeance pour nous révéler que Dieu n’est pas fermé sur lui-même.

            Mais il faudra encore du temps dans le cadre de la révélation pour affiner l’image de Dieu, en arriver à la formulation de l’épître aux Corinthiens et parler du «Dieu d’amour et de paix.» Cette formulation n’est d’ailleurs pas seulement une définition, mais aussi un programme et une vocation : «Soyez d’accord entre vous, vivez en paix.» A l’image renouvelée de Dieu doit correspondre une conversion de notre manière d’être et de vivre, sinon nous serons pas en adéquation avec celui qui se révèle.

            L’amour pour l’humanité est également la caractéristique que l’évangile attribue à Dieu :»Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique.» St Jean emploie ici le terme de «monde» pour désigner notre humanité; Nous savons que son emploi est complexe et divers suivant les chapitres de l’évangile. Ici nous sommes invités à recevoir le monde comme un cadeau qui entraîne à son tour le don du Fils pour permettre à notre humanité de parvenir à son achèvement qui est la vie éternelle. Bien sûr, les quelques versets qui sont proposés aujourd’hui pour l’évangile peuvent nous sembler bien abstraits; Il faut d’abord nous rappeler que ce texte fait partie de la conclusion de l’entretien de Jésus avec Nicodème, sous forme de méditation dûe à l’évangéliste, où le rôle de l’Esprit a été bien mis en valeur. Maintenant, Jean tient à affirmer que Dieu a pris lui-même l’initiative de nouer des relations avec les hommes pour leur communiquer sa propre vie. Dieu envoie son Fils unique pour que les hommes puissent prendre connaissance de son dessein de salut. C’est un acte absolument gratuit de sa part, un acte qui d’ailleurs se situe dans la continuité de l’hsitoire du salut : Dieu, si l’on ose dire, «sort de lui-même pour se communiquer au monde.» Vivre de la foi trinitaire, c’est justement accueillir dans la foi cette communication de la vie divine. Par là-même, l’homme se trouve placé devant un choix décisif. C’est ce que St Jean veut faire comprendre lorsqu’il parle de « jugement.» : le jugement des autres ne nous appartient pas; au contraire, le jugement de nous-mêmes nous revient et nous le prononçons en chacune de nos options de vie.

            En cette fête de la sainte Trinité redécouvrons la puissance de vie du Dieu qui ne cesse de sortir de lui-même et de se communiquer à nous pour que nous nous révélions à nous-mêmes !

 

                                                                                              Pierre Chollet