Père Chollet le 11 et 12 novembre 2017

11-12 Novembre 2017. St Pierre, messes de 18 h. 30, 9 h. et 11 h.

 

 

            Les 3 derniers dimanches de l’année liturgique vont être consacrés à la lecture des 3 paraboles du chapitre 25 de l’évangile selon St Matthieu. La première, celle des 10 jeunes filles, commence de manière un peu abrupte et sibylline. Nous comprenons que, comme il y a un mois, le contexte choisi par Jésus est l’évocation d’un mariage. Cependant, il ne s’agit pas de comparer le royaume des cieux à des jeunes filles, mais à ce qui se passe quand le cortège nuptial a pris du retard et que les invités qui doivent s’y joindre en cours de route restent dans l’expectative. D’ailleurs, le texte nous précise que les jeunes filles finissent toutes par s’endormir pour passer le temps ! Cependant, un détail doit attirer notre attention, c’est la manière dont elles sont qualifiées : 5 d’entre elles sont « insouciantes », ou » étourdies » « imprévoyantes », les 5 autres sont « prévoyantes », « avisées », réfléchies. »

            Si ces termes ne sont pas très courants dans les évangiles ; il est intéressant de se référer à un texte dans lequel ils sont aussi utilisés, celui de la maison bâtie sur le roc ou sur le sable, où sont opposés un prévoyant, un sage et un imprévoyant, un étourdi, avec les conséquences que l’on sait. Dans la parabole des jeunes filles, l’objet de l’imprévoyance est la provision d’huile en vue d’une attente plus ou moins longue dont en tout cas elles n’ont pas la maîtrise. Le thème de l’attente est évidemment un élément-clé de la parabole et au-delà, de la vie du croyant. Sommes-nous disposés à attendre la venue du Seigneur quand il viendra ? Est-ce que cette attente fait partie de l’horizon de notre vie ? Et avons-nous soin de tenir à jour nos provisions d’huile, pour ne pas risquer de nous trouver en défaut quand le Seigneur sera là ? Ces provisions d’huile peuvent prendre de multiples formes, c’est notre capacité à prier , à nous former, à nous rendre disponible pour un service ou un autre ... Ces provisions ne sont pas sans évoquer les talents dont il sera question la semaine prochaine !

            Mais la parabole ne se contente pas d’énoncer de grandes idées. Le marié finit par arriver, et il faut aller à sa rencontre sur une route sans doute semée d’obstacles qui nécessitent l’éclairage des lampes ; de plus, on n’oubliera pas que parler d’huile est particulièrement révélateur. Dans la mentalité des Juifs de l’époque et celle des premiers chrétiens, cela renvoie à la qualité de l’accueil et mesure en fait la qualité de l’amour de celles qui veillent : les unes tirent leur huile de leur propre fond et cette huile est le signe de leur attente amoureuse, tandis que les autres sont obligées de recourir aux services d’un marchand. Leur amour est un peu court ... Pour participer à cette fête de noces, être invité ne suffit pas, il faut encore s’être personnellement préparé ; et d’une manière que nous avons peut-être un peu de mal à comprendre, le texte insiste sur le fait qu’un autre ne peut pas se préparer à notre place. Chacun et chacune doit assumer ses responsabilités personnelles, et la parabole ne prend pas en compte l’aspect éventuellement discourtois du refus des « avisées » à leurs compagnes « étourdies. » Comme dans le cas de l’individu qui était entré dans la salle des noces sans avoir le vêtement requis, la porte de celle-ci se trouve fermée quand l’heure fixée par le marié est passée : on comprend d’autant mieux la reprise du refrain bien connu sur la nécessité de veiller activement. Incontestablement, c’est là que se trouve la pointe du texte Sans doute faut-il voir là aussi l’expression du souci de l’ évangéliste devant le refroidissement de l’ardeur des membres de sa communauté, en particulier en raison de ce qui était considéré comme le retard pris par le retour glorieux du Christ, la Parousie. Se repose donc la question déjà évoquée plus haut : Qu’est-ce que l’attente pour un chrétien, avec quelle huile va-t-elle se nourrir ?

            Cependant, le risque de trouver la porte de la salle fermée doit-elle nourrir notre inquiétude, ou au contraire, stimuler notre énergie ? La lecture tirée du livre de la Sagesse nous a livré les éléments nécessaires pour rester résolument confiants et optimistes. C’est toute la splendeur de la Sagesse divine qui nous est proposée, elle qui vient à notre rencontre avec un visage souriant. Comment ne serions-nous pas prêts à nous laisser guider par elle ? S’il y a des obstacles, elle vient nous aider à les franchir ; non seulement, elle nous accompagne, mais encore elle vient à notre rencontre. Comment, pour nous chrétiens, ne pas saisir dans ces images une préfiguration du Christ parcourant les routes de Galilée ou de Judée, jetant un regard aimant sur ceux qu’il croisait et tendant, sans poser de question, une main secourable à ceux qui étaient perdus ? Il est bien la Sagesse venue partager notre existence pour lui donner la possibilité de découvrir et comprendre l’amour du Dieu qu’il nous révèle comme étant notre Père ? Rencontrer la Sagesse, rencontrer le Christ nous permettent de donner sa pleine dimension à notre vie quotidienne souvent encombrée de soucis mesquins.

            C’est l’aboutissement de cette dimension spirituelle de notre existence qui nous est proposée dans la page de la lettre aux Thessaloniciens lue aujourd’hui. Ce texte, au moins sa première partie , est fréquemment entendue aux célébrations d’obsèques. En peu de mots, Paul propose l’essentiel de la foi chrétienne sur le sens de la vie humaine et son épanouissement au-delà de la mort physique. Tous, nous sommes confrontés un jour à cette rupture et nous y avons particulièrement réfléchi au début de ce mois avec la journée de prières pour les défunts. Quels que soient les images et le scénario encore imaginés par Paul à cette époque (nous sommes dans les années 50, une vingtaine d’années après la mort et la résurrection de Jésus), l’essentiel est l’affirmation tranquille du cœur de la foi chrétienne, et l’invitation à la partager : »Réconfortez-vous les uns les autres avec ce que je viens de dire. » La vertu théologale d’espérance est au centre de cette annonce, comme l’avait dit l’Apôtre dans l’introduction de sa lettre : » Votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus-Christ. » Ainsi se rejoignent le mouvement de l’évangile, entièrement fondé sur la vigilance nécessaire et les moyens de la nourrir, et l’annonce de la résurrection dans l’épître ; pour le chrétien l’une ne va pas sans l’autre : que servirait de veiller si la résurrection n’était pas au bout du chemin ? Et inversement, que serait une foi en la résurrection si elle ne donnait pas sa tonalité à toute notre existence ? Ce que Dieu veut pour nous et à quoi il nous propose d’adhérer, c’est d’être avec Jésus pour toujours, et dès maintenant. Le chrétien est celui qui vit le plus possible uni au Christ sur cette terre pour pouvoir vivre aussi avec lui dans le monde des ressuscités. Notre capacité de vigilance ici-bas et notre espérance se fondent sur une promesse dont la résurrection de Jésus est la meilleure garantie ; il nous revient comme disciples de manifester cette foi par nos engagements et le style de toute notre vie.                                                                                   AMEN !

Père Chollet