Père Chollet le 11 décembre 2016

11 décembre 2016 St Jacques, messe de 11 h. Homélie.

 

            Les textes de ce dimanche sont tous consacrés à l’évocation de ce que l’on appelle les « signes messianiques. » Paradoxalement, ces signes qui veulent évoquer la présence glorieuse de l’envoyé de Dieu et ses bienfaits pour notre terre, peuvent paraître bien austères et éloignés de nos préoccupations quotidiennes. Il importe d’accueillir ces signes qui sont tous insérés dans des contextes très concrets, où s’est joué le sort du peuple de Dieu. A nous maintenant de redécouvrir qu’ils ne sont pas étrangers aux circonstances de notre propre vie, quitte à transposer quelques éléments qui ne seraient plus d’actualité.

            C’est à l’occasion d’une victoire nationale, sans doute sur le peuple des Édomites, l’un des ennemis traditionnels d’Israël (Comme l’on disait à une époque que l’Angleterre était notre ennemie héréditaire !) qu’ a été composé le chant triomphal du chapitre 35 d’Isaïe.

            Le prophète, hardiment, se présente comme le maître de la nature. A son invitation, la joie et les fleurs vont rendre le désert semblable aux endroits les plus luxuriants du pays, au Carmel, vignoble de la Palestine, à la riche plaine côtière du Saron, sans oublier les forêts plus lointaines du Liban... Et Dieu lui-même va restaurer la gloire   du passé, en assurant à nouveau Israël de sa protection. La faveur divine produit la paix, l’harmonie, la prospérité : on revient aux perspectives du jardin d’Éden, quand la malice des hommes n’avait pas encore introduit le désordre dans le monde. Désormais, plus d’aveugles, plus de sourds, plus de boiteux, plus de muets...

            En effet, ce qui intéresse avant tout le prophète, c’est la transformation, la conversion de ses contemporains, et par-delà, celle de tous les hommes de tous les temps. Ce qui est rétabli, c’est l’amour réciproque (même si Dieu bien sûr a l’initiative) entre Dieu et l’homme. Les refus de l’homme, sa méchanceté, son péché détruisent l’humanité, mais Dieu dans son amour vient refonder le lien entre la créature et son créateur. Telle est la leçon d’optimisme humain et surnaturel que nous propose ce texte d’Isaïe.

            La tonalité de l’évangile d’aujourd’hui est bien différente de celle de dimanche dernier, où nous assistions à l’enthousiasme des débuts, avec Jean-Baptiste transporté par l’importance et l’urgence de sa mission. Il lui a même été donné de plonger le Messie dans le Jourdain, participant ainsi à l’inauguration de sa mission de salut !

            Mais Jean a déplu aux puissants et a été jeté en prison par Hérode, il s’interroge maintenant sur la mission et sur la personne de celui qui d’une manière déconcertante pour lui a pris sa suite. « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » On sent percer une réelle angoisse sous cette question du prisonnier. Cette angoisse, c’est celle du découragement qui nous prend parfois et qui a besoin d’être apaisée par une présence réconfortante, une amitié pacifiante.

            C’et alors que Jésus prend définitivement le relais, en s’appropriant une nouvelle fois les signes messianiques. Déjà, il a fait appel à un autre passage d’ Isaïe pour se présenter dans la synagogue de Nazareth, au début de son ministère. Maintenant, il invite à ouvrir les yeux et à constater ce qui se déroule là où il passe. Mais ces signes ne sauraient être des contraintes ! Ils ont besoin d’être accueillis et interprétés : »Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » ajoute Jésus, nous invitant à nous poser dès maintenant cette question essentielle « Qui est-il donc ? » , question qui agitera longtemps le cœur des disciples, lorsqu’ils voient leur maître accomplir des signes qu’ils ont du mal à déchiffrer, avant que Jésus lui-même ne pose la question décisive : « Pour vous, qui suis-je ? »

            Le développement ultérieur sur la personne de Jean-Baptiste nous permet de comprendre que la réponse ne se situe pas seulement au simple niveau de sa personnalité charnelle, ou du moins que celle-ci a besoin d ‘être ressaisie et replacée dans l’histoire du salut. Il n’est ni un roseau agité par le vent, c’est-à-dire une sorte de girouette ballotée en tous sens, ni un notable qui en imposerait par lui-même, il est un prophète, donc un porteur de la Parole de Dieu qui trouve toute sa dignité en elle. Mais les prophètes, dans l’esprit de Jésus, font partie de la première alliance ; voici maintenant venu le temps des hommes nouveaux régénérés par les actes du Messie dans le royaume des Cieux.

            Entrer dans ces perspectives nécessite de notre part l’accueil des exhortations de St Jacques : « Prenez patience ! » ; le cultivateur sait qu’on ne peut pas tirer sur les plantes pour les faire pousser. Notre patience doit être pleine d’espérance et de fermeté, car elle a comme horizon la venue du Seigneur, venue qui se réalise de plusieurs manières ; à court terme, nous préparons la fête de Noël : il est déjà venu ; Mais il reviendra ! il importe d’avoir les yeux tournés vers le retour en gloire du Ressuscité qui rendra à chacun selon ses œuvres. N’est-ce pas ce que nous proclamons lors de l’anamnèse dans la prière eucharistique : »Nous attendons ta venue dans la gloire . »

            Ne restons pas affairés sans rien faire, comme dirait St Paul, mais mettons toute notre énergie à nous brancher sur le dynamisme divin !

 

                                                                                              Pierre Chollet