Père Chollet le 10 septembre 2017

9 et 10 septembre 2017. St Pierre 18 h. 30 et 18 h. 30, St jacques 11 h.

 

            Tel qu’il nous est proposé par la liturgie d’aujourd’hui, le passage d’évangile peut paraître bien abrupt et dénué de simple charité chrétienne. Le Christ, dans le sermon sur la montagne, ne nous invite-t-il pas à ne pas porter de jugement sur nos frères ? Dès lors, faire remarquer son péché à un membre de la communauté peut-il paraître bien incongru au regard du sens de la responsabilité de chacun.

            Il importe donc d’abord de replacer le passage dans son contexte. Après la fin du chapitre 16, lue et méditée la semaine dernière, la lecture liturgique omet tout le chapitre 17, avec le récit lumineux de la Transfiguration et le début du chapitre 18, avec en particulier la parabole de la brebis perdue et des 99 autres laissées à la garde de la Providence. Plutôt que dans l’atmosphère sévère d’une cour de justice, nous sommes donc invités par Jésus à nous immerger dans un bain d’attention bienveillante et de miséricorde (la suite du chapitre le démontrera largement.)

            En fait, dans le chapitre 18, que l’on appelle le discours communautaire ou ecclésial, parce qu’il comporte deux fois le mots »Eglise », ce qui est exceptionnel dans les évangiles, St Matthieu aborde une tâche importante, l’édification interne de la communauté, la sauvegarde des fondements de sa vie et du sens de la communion. Il importe en effet de bien comprendre ce que recouvre le péché dont il est question dans le texte. Même si la traduction liturgique a retenu la lecture « a péché contre toi », comme dans le passage parallèle de St Luc, Il ne s’agit pas d’abord d’offenses personnelles,, mais d’un péché qui affecte la stabilité de la communauté tout entière, par exemple le reniement des vérités essentielles de la foi. On peut penser au péché contre l’Esprit évoqué au chapitre 12 de l’évangile.

            Mais attention, ne comprenons pas ce passage de manière procédurière ! Il ne s’agit pas encore de droit canonique, même si justement celui-ci doit se fonder sur des relations de confiance et de communion. Il s’agit de la mise en œuvre par les fidèles de la patience et de la miséricorde dont Dieu lui-même est le porteur et la source. Et précisément, ce passage nous éclaire sur la manière dont confiance et communion étaient vécues à la fin du 1er siècle de notre ère dans les Églises se réclamant de St Matthieu come évangélisateur essentiel.

            Les relations interpersonnelles sont particulièrement mises en valeur. Les chrétiens de cette époque se connaissent, ont tissé des liens et par conséquent peuvent se parler en vérité, même si cela ne résout pas tous les problèmes. C’est en tout cas un exemple pour nous : se tenir mutuellement un langage de vérité, n’est-ce pas ce que nous essayons de faire dans nos différentes équipes de réflexion et de prière, en particulier dans les petites communautés fraternelles de foi, les fameuses PCFF que chacun est appelé à rejoindre ou à fonder : elles sont avec les cellules ecclésiales que forment nos familles, un des échelons les plus précieux pour échanger et avancer dans la foi. Bien entendu, ces petites communautés ne sont pas indépendantes, elles ont des liens avec « l’assemblée de l’Église », pour reprendre l’expression de St Matthieu. L’Église sait se rassembler pour le culte, comme nous le disions la semaine dernière en suivant St Paul, elle sait aussi favoriser de multiples liens amicaux vécus dans la ferveur et la prière, tout en restant ouverte sur l’extérieur. Elles sait aller jusqu’à rejoindre le païen et le publicain : il s’agit là des personnes pour lesquelles Jésus lui-même a toujours eu la plus grande sollicitude, et St Matthieu, lui l’ancien publicain de Capharnaüm, en sait quelque chose...

            Lorsqu’un frère pécheur s’éloigne de la communauté, celle-ci en garde le souci dans sa prière. La monition fraternelle, le recours à des témoins, la sentence ecclésiale, tout est sous-tendu par la prière commune qui appelle à la réunion en présence du Christ. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Et Jésus l’assurera encore une fois à la fin de l’évangile, au moment de quitter ses disciples : »Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps (ou du monde). »La présence divine, depuis la résurrection, est étroitement liée à la présence du Christ vivant au milieu des frères et leur donnant part à la patience et à la miséricorde de Dieu. C’est en ce sens que l’Église est le lieu de la réconciliation, manifesté par le ministère de ses responsables qui ont reçu la charge de lier et de délier. Il faut lire ce passage en symphonie avec les versets précédents qui confèrent ce ministère à Pierre et avec la finale de St Jean où nous voyons Jésus ressuscité transmettre l’Esprit saint à ses apôtres pour la rémission des péchés.

            Ce que les disciples, aujourd’hui comme hier, doivent rechercher, c’est cet accord profond avec la volonté du Christ de voir ses amis devenir des témoins par des actes et en vérité et non seulement par de belles paroles. Et cela nous interroge : où en sommes-nous, comme le dit Paul dans l’épître aux Romains, «du plein accomplissement de la Loi qui est l’amour?» Avons-nous vraiment pris conscience, comme le dit l’Apôtre et comme nous l’ntndons souvent dans les célébrations du mariage chrétien, que :»Maintenant donc ces trois là demeurent, la foi, l’espérance et l’amour, mais l’amour est le plus grand ?»

            En entendant le terme de Loi, nous pourrions être tentés d’en rester à une définition assez sèche des actes qu’elle propose. Or, dans l’esprit de Paul, il ne s’agit pas seulement d’actes de piété ou de mise en oeuvre mécanique des «commandements», mais d’une soumission intégrale de notre vie à la parole du Christ, quelque douloureux que cela puisse être. Nous le savons bien, aimer véritablement les autres n’est pas forcéemnt facile, car pour être fidèle à l’attitude du Christ, il ne faut pas faire de tri entre nos frères pour déterminer ceux que nous aimerons vraiment et ceux à qui nous ne laisserons que quelques bribes d’amour fraternel un peu dévalué. Ezéchiel nous propose d’aimer jusqu’au méchant, celui qui a rompu tout lien avec Dieu, en lui indiquant un chemin de conversion et de salut qui sera aussi le nôtre. Nous retrouvons, à peu de chose près, la situation du début de l’évangile : la charge du frère pécheur revient à chacun et à tous dans la communauté rasemblée au nom de Dieu le miséricordieux, au nom du Dieu qui est amour, comme le dit St Jean. Le véritable amour est capable d’accomplir des miracles !     AMEN

 

                                                                                                          Pierre Chollet