Père Chollet 24 décembre 2016

24 décembre 2016, St Pierre messe de 21 h. 30 ; 25 décembre 2016, St Jacques, messe de 11 h. Homélie.

 

            Devant la crèche, laissons –nous toucher par Dieu. La crèche s’offre à nos regards, elle se laisse voir. Prenons le temps de la contempler. Mais ce n’est pas seulement le décor familier à Noël pour nos églises et nos maisons, ce n’est pas seulement une tradition pieuse et attendrissante qui s’adresserait seulement aux enfants ; après tout d’ailleurs, pourquoi ne retrouver une âme d’enfant à Noël, non pas une âme puérile, mais une âme d’enfant de Dieu ?

            La crèche nous renvoie aux textes de l’évangile qui sont lus en cette nuit ou en ce jour de joyeuse fête. En faisant appel aux souvenirs qu’il a recueillis, St Luc cherche à exprimer et à mettre en valeur la densité spirituelle des faits, leur signification profonde et vitale pour la foi A sa manière, elle est un évangile représenté, mis en scène, pour nourrir nos yeux et notre cœur. Elle renvoie à un récit ancien, soigneusement transmis par l’Église, mais elle nous dit aussi quelque chose du monde d’aujourd’hui. Il y a des personnages qui appartiennent à la vie quotidienne : un homme, une femme avec leur enfant nouveau-né, - et l’actualité nous renvoie des images identiques, parfois très apaisées, dans nos pays, parfois très dramatiques dans les régions où les conflits ne parviennent pas à trouver une issue, - il y a un bœuf et un âne ; en effet, l’homme et la femme ont trouvé refuge dans l’étable au moment de la naissance, parce que l’auberge était bondée, et il était impossible que le jeune femme mette son enfant au monde au milieu de la foule des voyageurs amenés par le recensement ; cependant, la variété des visiteurs différents suivant les heures et les jours nous fait soupçonner que quelque chose d’important, peut-être même d’inouï se déroule dans cette humble étable : les bergers avec leurs troupeaux ont été convoqués par un ange et une troupe céleste innombrable chantant la gloire de Dieu qui inaugure pour l’humanité un règne de paix ; des mages venus d’Orient entrainés par une mystérieuse étoile, viendront jusqu’à cette demeure apporter des cadeaux de grand prix.

            Deux mille ans après l’événement, près de la crèche, il y a donc chacun de nous, avec ses joies et ses soucis. Peut-être pouvons-nous nous identifier à l’une de ces personnes ou à l’un de ces êtres : un berger, un mage, pourquoi pas à l’âne, au bœuf ou l’un des moutons (Nous savons que le Christ, ce Jésus dont accueillons la naissance aujourd’hui, lors de son ministère public donnera en exemple le pasteur qui brave tous les dangers pour aller chercher la brebis perdue...) Que pouvons-nous apporter, déposer aux pieds de l’enfant, qui reflète notre personnalité, nos désirs, nos joies ou nos peines, et repartir le cœur apaisé ayant retrouvé l’énergie nécessaire pour apporter la paix dans la violence de ce monde ?

            Deux mille ans après l’événement qu’elle met en scène, la crèche que nous contemplons nous parle. St Luc écrit qu’un signe est donné aux bergers. Dieu ne donne pas de signe sans raison. Et nous savons que dans la Bible, l’action salvifique de Dieu et son intervention dans l’histoire ont toujours comme présupposé la naissance d’un enfant. Rappelons-nous Isaac, le fils de la promesse pour Abraham ; Moïse, préservé tout petit de la mort afin de libérer les Hébreux de la servitude ; Samuel, appelé à instaurer la dynastie davidique d’où sortira le Messie, en choisissant le plus jeune des fils de Jessé ; l’Emmanuel, dont Isaïe décrit longuement tous les dons que Dieu lui communique pour accomplir sa mission. Dans la crèche, dans la personne de ce nouveau-né, qui s’inscrit dans une longue lignée, c’est l’alliance de Dieu avec l’humanité qui prend définitivement corps. L’Alliance de Dieu avec l’humanité a été jalonnée de multiples événements depuis que Dieu a décidé de nous la proposer afin de nous rendre accessible la vie que nous avions perdue à cause du péché ; aujourd’hui, c’est la nouvelle alliance qui se noue dans le corps de l’enfant : celui, devenu adulte, la célébrera de manière solennelle dans le don de l’eucharistie.

            Mais dès cette nuit, Dieu nous dit avec la force de l’amour qu’il vient réellement prendre soin de notre monde et donner son accomplissement à la création. Les Pères de l’Église, en particulier St Basile de Césarée, au IV ème siècle, ne cessent de le redire : cette fête de Noël est commune à toute la création ; elle intéresse tout homme (St Basile disait cela dans un monde encore largement païen, que dirait-il aujourd’hui avec le retour en force de l’indifférence), elle accorde à notre monde des biens qui sont au-delà du monde, c’est-à-dire qui lui révèlent sa dimension définitive et plénière. Elle nous révèle la puissance de la vie en face des forces de la mort.

            C’est d’ailleurs le message de St Paul : »La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes...elle nous apprend à vivre ... avec justice et piété. » Pourquoi, alors que Dieu vient inaugurer un règne de paix, tant d’hommes –et peut-être nous-mêmes- ne se résolvent-ils pas à l’accueillir et à le mettre en œuvre ?

            Nous savons que c’est le » mystère d’iniquité » dont parle l’Écriture, mais devant la crèche nous pouvons nous convertir et retrouver les forces nécessaires ; nous sommes invités à plonger notre regard jusque vers le « commencement » qu’évoque St Jean dans le fameux prologue de son évangile, » où le Verbe était auprès de Dieu et sans qui rien ne serait venu à l’existence. » Sans lui, aucune lumière ne brillerait sur le monde.

            Tous peuvent aujourd’hui passer de la crainte à la joie et à la paix, comme toujours pour les bénéficiaires de l’annonce et de la réalisation des promesses de Dieu. La naissance de Jésus est le gage de la paix restaurée pour tout l’univers. Mais ce don est remis entre nos mains pour que nous le rendions effectif pour tous.                                                  Pierre Chollet