Père Ambroise Riché Dimanche 19 juin 2016

        Une fois n’est pas coutume. Je voudrais avec vous m’arrêter sur le psaume que la liturgie nous donne d’entendre mais aussi de chanter nous-mêmes aujourd’hui. Il nous aidera, il me semble, à comprendre de quelle manière le Seigneur nous interpelle en cet instant et de quelle manière, il nous faut lui répondre.

Dieu tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube. Cette aube, c’est le commencement de la lumière. Ce n’est donc pas encore la pleine lumière. Cette aube, c’est le temps de cette vie, où nous avons déjà été illuminés au baptême mais où nous demeurons encore dans les ténèbres de nos péchés et de la souffrance, temps où nous attendons la pleine manifestation du Seigneur Jésus, et qui sera aussi celui de notre glorification. C’est donc dès l’aube que nous cherchons Dieu, pour que l’ayant cherché dès cette vie, nous soyons prêts à Le trouver à notre mort.

Et qui est ce Dieu que je cherche ? C’est mon Dieu. Pas une divinité, pas une idée, pas une morale. Mon Dieu, Dieu avec moi, avec nous, Emmanuel, Jésus. Il est mon Dieu, et je le cherche, parce que le premier Il a été avec moi, Il est venu jusqu’à moi, Il est venu me chercher. Et nous l’entendons nous appeler encore dans l’Evangile de ce jour et il attend notre réponse : Et vous, que dîtes-vous ? Pour vous qui suis-je ? Seigneur, je ne le sais pas bien ; je ne suis pas sûr de pouvoir répondre à cette question ? Mais je veux bien me la poser. Oui, que m’es-tu pour que je te cherche dès l’aube ? Qu’es-tu pour mon âme pour qu’elle ait soif de toi ? Qu’es tu pour ma chair pour qu’après toi elle languisse, et sans toi demeure aride et sans eau ?

Tu voudrais répondre tout de suite avec Pierre : le Christ, le Messie de Dieu. Tu voudrais même en dire plus : Dieu, notre Seigneur. Mais attends n’en parle pas trop vite. Tu veux parler avec des mots, et c’est juste, mais Jésus te répond : pas seulement par des mots, mais par sa chair : le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir, être rejeté, tué et ressusciter.

Ce que tu es Seigneur, tu ne l’es pas seulement pour mon esprit, mon intelligence, dans la foi. Tu l’es pour mon âme ; c’est-à-dire ici ma « nefesh » (en hébreu : le souffle de vie en moi, mon principe de vie ; cette vie qui est corporelle). Cette âme a soif de toi. Ce que tu es, tu l’es pour ma chair qui après toi languit.

Si le psalmiste nous dit que le mouvement de l’âme et de la chair vers Dieu, ainsi que sa recherche se font dès l’aube, c’est parce qu’il nous invite ainsi à ne pas sommeiller. A ne pas perdre de temps à nous nourrir et nous abreuver d’autres nourritures et d’autres boissons qui ne rassasient, ni ne désaltèrent. Empressons nous d’accueillir plus souvent la douce rosée de sa Parole, lumière de vérité, plutôt que laisser nos âmes se troubler à écouter de pauvres slogan politique pour les défendre ou les pourfendre. Empressons-nous de préparer notre chair à revêtir le Christ, en accueillant son Corps plutôt que de nous soucier qu’ils ne manquent jamais de rien.

Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. Ce sanctuaire Seigneur, c’est Ta Croix. C’est là ton trône où toujours nous pouvons revenir pour contempler ta force et ta gloire, ta victoire sur nos péchés. C’est là que dans l’évangile d’aujourd’hui tu nous invites à te rencontrer en prenant, chaque jour notre croix. C’est là que Zacharie, dans la première lecture, nous exhorte à porter nos regards pour contempler ton cœur transpercé. Cœur de Jésus toujours doublement ouvert, ouvert vers le Père car lorsque la lance a transpercé ton cœur, elle a atteint jusqu’au cœur de Dieu. Toujours ouvert vers le Père pour nous tourner vers lui. Toujours ouvert vers nous pour répandre sur nous son Esprit de grâce et de supplication : le cœur de Jésus est la maison de David dont parle Zacharie, et d’où coule cette source qui nous lave de nos péchés et de nos souillures.

Ton amour vaut mieux que la vie. Il vaut mieux que la vie, parce donnée avec Toi, nous ne pouvons plus la perdre. Et uni à ta croix en portant notre croix, ton offrande devient notre offrande, ton sacrifice notre sacrifice, et ta louange au Père devient notre louange. Ainsi la joie sur les lèvres, accueillant ton corps livré, me livrant avec lui, je dis Ta louange et non plus la mienne. Uni à toi, c’est toute ma vie qui devient bénédiction. Uni à ta croix, je découvre ton vrai visage, Jésus crucifié et mon regard tourné vers ton cœur, mes mains levées vers toi invoquent ton nom, et je me rassasie de ta bonté. Car si ma croix est le lieu d’une réelle souffrance solitaire, uni à ta croix, c’est le lieu où tu viens à mon secours.

Mon âme s’attache à toi Seigneur parce que toi-même tu t’es attaché à mon âme. Tu t’es attaché à mon âme et à ma chair en te faisant homme. Tu t’es attaché à mon âme en me plongeant au baptême dans ta mort et ta résurrection, faisant de ta croix et de ta vie glorieuse à la droite du Père, non pas seulement des événements de ta vie mais encore des événements de la mienne. Et ta main droite, celle qui bénit, me soutient. Je tiens à toi parce tu me tiens, parce que tu t’es attaché à mon âme.

A l’ombre de tes ailes, à l’ombre de ta croix, de tes bras étendus Seigneur, je veux me réfugier ; car je sais que là est le lieu de ma plus grande joie. Sous ta croix, à l’ombre de tes ailes, je peux crier de joie, car si j’y mets moi-aussi ma croix, elle peut avec toi devenir le lieu d’un plus grand amour, car si j’y mets aussi mes victoires, elles peuvent elles-aussi te revenir en action de grâce, puisque sur la croix, plus grande encore est ta victoire sur le péché et sur la mort.

Cet appel de la croix, je l’ai entendu il y a quelques années lorsque servant la messe en cette Eglise, je tenais mon regard fixé sur cette croix, et comme captivé par elle, je sentais le Seigneur qui m’appelait à la faire entrer dans ma vie, en Le recevant, Lui qui se donnait sur cet autel, et en m’offrant avec Lui.

Et c’est appel, accueillant Sa Parole proclamée en ce jour, je l’entends à nouveau aujourd’hui, au moment où pour vous le Seigneur par ma voix et par mes mains va offrir Son Corps et Son Sang. Et toi époux, et toi épouse, et toi enfant, et toi vieillard, et toi célibataire comment l’entends-tu cet appel ? Comment entends-tu le Seigneur te demander ce qu’il est pour toi ? Comment l’entends-tu te demander de prendre ta croix pour le suivre, pour le rencontrer sur la croix, pour vivre avec lui sur son trône ? En te faisant ressentir la soif, en faisant languir ta chair, le Seigneur vient en même temps te rassasier et t’abreuver. Il le fait en livrant son corps et son sang. Il appelle ton âme et ta chair et il engage son corps et son sang. Il s’engage avec toi dans un chair à chair. Chair à chair : dans le frère, dans le baiser de paix : signe de notre unité en Lui, de notre appartenance, signe que nous l’accueillons dans la chair de notre frère où Il se livre à nous. Chair à chair lorsque nous recevrons son corps sur nos mains, lorsque nous recevrons son corps sur nos lèvres. Voulons-nous maintenant entrer plus en avant dans notre vie chrétienne ? Voulons prendre le risque de tenter ce corps à corps ? Voulons-nous accepter qu’en recevant le corps de notre Seigneur cela nous engage nous-aussi totalement, engage notre âme qui doit le chercher et le louer toujours, engage notre corps, qui doit choisir de porter avec lui la croix, qui doit choisir de se laisser marquer lui-aussi des marques de la Croix de Jésus.

 

Père Ambroise Riché